Si la connaissance demeure incomplète, n’étant accessible que par des traces (Veyne, 1996), la reconstitution de l’histoire d’une recherche théâtrale multidisciplinaire ne peut qu’être lacunaire. Les sources matérielles ou électroniques, bien qu’informatives, ne savent pas reproduire le caractère maximaliste d’un spectacle, qu’elles soient issues d’une phase de création ou d’une autre. De plus, l’authenticité de ces archives, leur fiabilité et leur intégrité peuvent laisser douter de leur représentativité documentaire (Cardin, 2007; Cardin et Alaoui, 2021; Conseil des académies canadiennes (CAC), 2015; Frey, 2009).

Si la captation sonore et visuelle d’un spectacle, comme outil d’archivage, donne plus fidèlement les intentions de création, aucune technologie actuelle ne permet une représentation exacte du vivant (Cardin, 2007). La photographie, par exemple, saisissant une expression faciale dans un espace-temps statique, ne témoigne pas du rythme du spectacle ni de la simultanéité des actions scéniques. L’enregistrement sonore, reproduisant une certaine temporalité, « concentre l’auditeur dans un noir restreint » sans accès aux espaces physiques et virtuels (Richard, 1988 : 16). La vidéo, qu’elle soit en deux ou trois dimensions (3D), en réalité virtuelle (RV) ou en réalité augmentée (RA), donne souvent un seul point de vue subjectif de l’œuvre et suit difficilement cette variation des interactions ludiques avec le public qui permet une réception individualisée.

Et si les ressources Internet sont devenues incontournables pour qui veut célébrer la mémoire de son œuvre tout en lui conservant une vision cohérente, l’univers virtuel comporte aussi ses limites. Malgré sa relative accessibilité, son intemporalité et son potentiel interactif, la présence humaine n’y est pas reproductible, l’espace demeure intangible, la capacité de stockage et la durée du téléchargement sont restreintes, l’interactivité est contrôlée, les technologies sont fragiles et inévitablement frappées d’obsolescence (Cardin, 2007; CAC, 2015). Qui plus est, transposer en ligne un objet d’art vivant soulève des enjeux de découvrabilité (Coalition pour la diversité des expressions culturelles (CDEC), 2020), de traçabilité, de sécurité, de droits d’auteur et de droits à l’image (Cardin, 2007; CAC, 2015; Petri et Julien, 2017).

Voilà nombre de défis à relever pour une troupe comme ARBO CYBER, théâtre (?) qui souhaite conserver et rendre publiques les traces de son patrimoine culturel d’autant plus que sa démarche singulière fut peu valorisée durant ses quinze années d’existence (Borello, 1998; Plourde, 2001, 2002; St-Hilaire, 1994, 2001).

Dans cet article sont exposées les stratégies formelles prévues pour représenter, illustrer et contextualiser les créations de la troupe ainsi que le site Web commémoratif, dynamique et interactif la Pierre tombale ludique, devenu obsolète. Ces stratégies prendront la forme d’un livre-testament numérique et d’une contribution aux initiatives de mutualisation collaboratives des données. Cet ouvrage de référence regroupant des « sources primaires » de nature diverse (écrits, esquisses, photos, lettres officielles, articles de presse…) a comme objectifs de rendre compte de la recherche d’ARBO CYBER, théâtre (?), de montrer ses processus de création, d’offrir une multiplicité de points de vue et de témoigner de certains principes interactifs en concevant une nouvelle esthétique autonome liée au passé tout en perdurant dans le futur.

Fondements de la troupe ARBO CYBER, théâtre (?) (1985 à 2001)

Elagabalus, avec Robert Faguy. Obscure, Québec, Canada. 1987. Photographie extraite d’une captation vidéo de France Deslauriers.

Représentations théâtrales et installations-théâtre

Simul Artaud, avec Robert Faguy. Salle Multi de Méduse, Québec, Canada. 1996. Photographie extraite d’une captation vidéo de Mario Villeneuve.

Performances de la série des Simul

Atelier Outrage à l’image, avec Robert Faguy. Collège Jésus-Marie, Québec, Canada. 1995. Photographie extraite d’une captation vidéo.

Ateliers

Fig. 1 : Trois formes d’activités publiques

De 1985 à 2001, ARBO CYBER, théâtre (?), associée au centre d’artistes Obscure à Québec, interroge le théâtre jusqu’à en repousser les limites par l’intégration d’autres formes artistiques ou médiatiques. En appui au thème dramaturgique retenu, ces multiples productions disciplinaires imbriquées sont aussi conçues comme des œuvres autonomes appelées à être appréhendées pour elles-mêmes.

À travers une vingtaine d’activités artistiques (Tableau 1), la troupe suscite de nouvelles relations entre la scène et la salle en faisant prendre une part active au public, que ce soit lors de ses représentations théâtrales et ses installations-théâtre, ses performances (la série des Simul), ses lectures et ses laboratoires ou autres activités perpendiculaires (conférences; démonstrations scolaires; ateliers vidéothéâtre en bibliothèque municipale; ateliers préparatoires ouverts au public; vidéos : 1/2 Minute Vidéo, Mania, Compilation Simul; activités de financement créatives : Actions Simul, P’tits cochons; Événement de la Finale) (Figure 1).

Tableau 1 : Créations d’ARBO CYBER, théâtre (?) (1985 à 2001)
CréationAnnée LieuForme et médiaInteractivitéSource d’inspiration*
1. Elagabalus
Texte inédit




1985 Québec
1986 Matane
1987 Québec


Installation-théâtre
Trame percussive et vocale; éclairage piloté par un système informatique
Livre : Artaud (1979)





2. Outrage à l’image
Texte inédit



1986 Québec
1987 Québec
Atelier scolaire
Conférence
Théâtre
Vidéo




Jumelage; miroir; face à face



Livres : Handke (1966); Graham (1979)




3. Fassbinder
Collage de textes originaux









1987 Québec











Lecture











Éclairage avec lampes de poche









Livres et cinéma : Rainer Werner Fassbinder (Celui qui avait un amour dans le ventre; Désespoir; Du sang sur le cou du chat; L’année des treize lunes; Le bouc; Le mariage de Maria Braun; Le secret de Véronika Voss; Les films libèrent la tête; Les larmes amères de Petra Von Kant; Liberté à Brème; Lili Marleen; Preparadise sorry now)

4. Inextricablement monotone
(Outrage à l’image 2)
Texte inédit


1988 Québec






Installation-théâtre
Vidéo; son; film






Circulation libre et dirigée; face à face





Exposition au Musée d’art contemporain de Montréal (1982), Art et féminisme : Judy Chicago (1979), The Dinner Party; Francine Larivée (1976), La chambre nuptiale.
Livres : Perec (1978); McLuhan (1972); Lipovetsky (1983)
5. Oh les beaux jours
Texte original



1988 Québec




Théâtre
Vidéo




Livre : Beckett (1963)
Œuvres filmiques et télévisuelles de Samuel Beckett : Film; He Joe; Geistertrio; …nur noch Gewölk…; Quad 1 and 2; Nacht und Träume; Was Wo
6. Éco
Texte inédit





1988 Québec





Théâtre; radio
Noirceur; spatialisation sonore polyphonique; instruments inventés
Spectacle : Shelley Hirsch (1988), Obscure
Personne aveugle lors d’Inextricablement monotone
Adaptation radiophonique : Welles (1938)

7. Pasolini
Collage de textes originaux








1989 Québec









Lecture
Rythmique; son









Livres et cinéma : Pier Paolo Pasolini (Aqua Santa, 27 juillet; Chants d’un mort; Différent comme les autres; Enquête Sainteté; Enquête Usine; Godard; La ricotta; Le discours des cheveux; Le jour de ma mort; Lettre aux amis, 1980; Pastourelle Narcisse; Projet de film sur Saint-Paul; Très cher Luciano; Voix en poésie)
8. Simul Hors les murs 1
Texte inédit




1989 Québec





Performance 1 h; radio
Vidéo (J1); polyphonie; téléphonie fixe et mobile

Libre circulation; appel téléphonique



Cinéma : Dziga Vertov (1929), L’homme à la caméra; Walter Ruttmann (1927), Berlin Symphonie d’une ville.
Performance : Tehching Hsieh et Linda Montano(1983-1984), Art/Life One Year.
9. Brûta
Avec Bruit TTV et Obscure
Texte inédit






1989 Québec








Théâtre/Musique/ Vidéo
Son; musique en direct






Circulation délimitée; caméra de surveillance sur public; le public influence l’ordre des scènes médianes

Livre : Marinetti (1905)









10. Simul Vexations
Texte improvisé

1990 Québec


Performance 13 h
Vidéo (J2-3-4-5); son; musique en direct
Libre circulation


Musique : Érik Satie (1893), Vexations.
Livre : Gauvreau (1977)

11. Simul Bacon
Texte improvisé
1990 Montréal
Performance 13 h
Vidéo (J6); son
Libre circulation
Peinture : Francis Bacon

12. Simul Hors les murs 2
Texte improvisé


1991 Québec
Stage préparatoire ouvert au public
Performance 1 h
Vidéo (J7); téléphonie mobile; musique en direct

Libre circulation



13. Simul Tinguely
Texte improvisé
1991 Québec

Performance 13 h
Vidéo (J8); son
Libre circulation
Sculptures : Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle
14. Les Bacchantes 1
Adaptation




1992 Québec






Théâtre tragédie
Vidéo; son





La gestuelle module la bande sonore numérique; libre circulation des femmes seulement
Livres : Euripide (1963); Artaud (1964)
Opéra : Harry Partch (1987), Revelations in the Courthouse Park.


15. Simul Éclaté
Texte improvisé
1992 Moncton
Performance 1 h
Vidéo (J9); son
Libre circulation
16. Simul Snow 1
Texte improvisé anglais et français
1992 St. John’s

Performance 13 h
Vidéo (J10); son

Libre circulation

Œuvres multidisciplinaires : Michael Snow

17. Les Bacchantes 2
Adaptation

1993 Québec


Lecture vidéographique
Vidéo

Libre circulation des femmes seulement
Livres : Euripide (1963); Artaud (1964)
Opéra : Harry Partch (1987), Revelations in the Courthouse Park
18. Attention… Madame
Textes originaux



1994 Québec
Carte blanche Théâtre Périscope
Laboratoire
Théâtre




Intervention directe




Livres : Dubois (1983); Gingras (1985); Handke (1966).




19. Simul Snow 2
Texte improvisé anglais et français
Écriture en direct
1994 Toronto



Performance 13 h
Vidéo (J11); son


Libre circulation


Œuvres multidisciplinaires : Michael Snow


20. Simul Artaud
Texte improvisé



1996 Québec



Performances 1 h et 13 h
Vidéo (J12); son; musique en direct (1 h)
Libre circulation



Livres : Antonin Artaud
Cinéma : Germaine Dulac (1929), La coquille et le clergyman; Abel Gance (1927), Napoléon.

21. Installation Simul
Texte inédit
1996 Québec

Installation-théâtre
Vidéo; son

Libre circulation

22. Logomachie
Texte inédit



1996 Québec
1997 Québec


Laboratoire
Théâtre
Vidéo; caméras de surveillance; polyphonie; son
Libre circulation



Jeu de société : Parcheesi




23. Voisins
Texte inédit






1999 Québec
2000 Québec
– Conférence
2001 Montréal
Laboratoire
Théâtre
Vidéo; film; musique en direct




Écouteurs avec signal individualisé; actions suggérées



Cinéma : Norman McLaren (1952), Neighbours/Voisins.






*Références
ARTAUD, Antonin (1964), Le théâtre et son double, Paris, Gallimard.
ARTAUD, Antonin (1979), Héliogabale ou l’anarchiste couronné, Paris, Gallimard.
BECKETT, Samuel (1963), Oh les beaux jours, Paris, Les Éditions de minuit.
DUBOIS, René-Daniel (1983), 26bis, impasse du colonel Foisy, Montréal, Leméac Éditeur.
EURIPIDE. Les Bacchantes (405 av. J.-C.), Traduction française de GRÉGOIRE, Henri (1963), Paris, Les belles lettres.
GAUVREAU, Claude (1977) « (Une journée d’Érik Satie », dans Œuvres créatrices complètes, Ottawa, Parti pris, p. 329-351.
GINGRAS René (1985), Le facteur réalité, Montréal, Leméac Éditeur.
GRAHAM, Dan (1979), Video – Architecture – Television : Writings on Video and Video Works 1970-1978, Halifax, Press of Nova Scotia College and design.
HANDKE, Peter (1966), Outrage au public, Montreuil, L’Arche.
LIPOVETSKY, Gilles (1983), L’ère du vide : essais sur l’individualisme contemporain, 1983, Paris, Gallimard.
MARINETTI, Filippo Tommaso (1905), Le roi Bombance, Paris, Mercure de France.
MCLUHAN, Marshall (1968), Pour comprendre les médias : les prolongements technologiques de l’homme, Paris, Seuil.
PEREC, Georges (1978), La vie mode d’emploi, Vanves, Hachette.
WELLES, Orson (1938), La guerre des mondes, adaptation radiophonique, New York, CBS.

La présence simultanée de plusieurs données de signification, offrant une large panoplie de directions principales, oblige le public à les recomposer pour faire sens, à prendre conscience de ses choix et à vivre ces changements de focalisation de manière souvent informelle et même aléatoire. Cette démarche expérimentale et multidisciplinaire s’inscrit dans des scénographies plaçant le public en extrême voisinage avec les artistes, le décor, les accessoires et l’équipement technique. Par des déplacements physiques ou des transmissions médiatiques, il accède à des lieux hors champ créés par des technologies sonores et visuelles. La vidéo en direct ou en différé invite le public à percevoir de nouvelles dimensions liées à la communication, la réalité, la distance, la direction de l’attention, la temporalité, ou à voir le reflet de sa propre image (Fradet et Faguy, 2002).

Dans cet univers maximaliste ouvert à de multiples significations implicites, allusives et simultanées, les textes épousent une narration non linéaire et non naturaliste jusqu’à atteindre les limites du compréhensible. Dès l’écriture, ils composent une partie importante de l’enveloppe sonore et du rythme du spectacle. Les autres sources sonores, constituées de musiques et montages inédits, façonnent le marquage périodique de l’action. Ce maximalisme réclame une interprétation autonome des personnages ajustée à la partition sonore et visuelle, et à la proximité du public.

La spécificité d’ARBO CYBER, théâtre (?), qui amène le public à se servir de l’ensemble de ses sens pour saisir la globalité du spectacle, rend difficile la décortication de ses composantes non hiérarchisées. Traduire un spectacle multidisciplinaire à l’intérieur d’un document écrit, graphique, vidéographique ou virtuel est un défi presque impossible à relever. Néanmoins, après la fin de ses activités en 2001, laisser dormir les réalisations de la troupe dans l’ignorance dorénavant entretenue par ce silence irrévocable représente la négation même de son existence. C’est ainsi qu’un site Web dynamique et interactif est mis en ligne en guise de « pierre tombale ludique », constituant une œuvre artistique ultime qui inspirera peut-être une démarche future.

Transposition Web : une Pierre tombale ludique (2001 à 2020)

À la fin des années 1990, lors de l’arrivée du Web 1.0, dit « statique » (Meilleur, 2021), ARBO CYBER, théâtre (?) met en ligne un premier site Internet présentant ses créations. Plus tard, dès la fin de ses activités en 2001, Lucie Fradet et Robert Faguy, deux têtus piliers de la troupe et signataires du présent article, canalisent leurs efforts pour créer une nouvelle œuvre artistique où les formes scéniques explorées peuvent être transposées, fabriquant ainsi d’autres formes d’archive (Denizot, 2014). En laissant une trace mnémonique de ce travail singulier, leur objectif est de retraduire les intentions des artistes d’origine vis-à-vis du public et d’imprégner cet espace virtuel d’impressions se rapprochant de celles ressenties lors des spectacles multidisciplinaires, maximalistes et interactifs. L’arrivée du Web 2.0, dit « participatif » (Meilleur, 2021), élargit en ce sens les possibilités. La volonté est de construire un système de consultation qui ne tient pas compte de l’ordre des éléments, mais plutôt du rythme et de l’atmosphère du spectacle. Or, cette préservation numérique nécessite des connaissances pointues sur les technologies Web et sur leur évolution inévitable, qui sont souvent méconnues des artistes scéniques (CDEC, 2020). Pour réaliser sa « Ludosynthèse » (Cardin, 2007) et exhumer ses archives, ARBO CYBER, théâtre (?) revoit donc ses budgets, demande de nouvelles subventions, fait de nouveaux apprentissages.

Afin de contextualiser l’information sous différents points de vue, le site Web est divisé en quatre sections identifiables par leurs propres couleurs et infographies (Tableau 2 et Figure 2) :

Tableau 2 : Les quatre sections de la Pierre tombale ludique (2001 à 2020)
VertBasiquePrésentation de la démarche artistique de la troupe, de son historique et de ses types de créations et d’activités
RougeChronologiqueDescription des 23 spectacles et autres activités : contextes de diffusion, revue de presse, commentaires du public
JauneSystémiqueRéflexions et constats émanant des recherches de la troupe concernant la genèse d’un spectacle, les concepts sous-jacents, la relation avec le public, les principes scénographiques, vidéographiques, sonores et textuels, la fonction de jeu ou de la performance
BleuLudiqueInterfaces expérientielles où le public peut revivre à la manière de jeux vidéo le type de rapports ludiques qui existait lors des représentations
Fig. 2 : Structure de la Pierre tombale ludique.

Plus de quatre-vingts interfaces sont construites en intégrant de nombreuses formes documentaires (Tableau 3), des centaines d’heures à conceptualiser, à réaliser, à programmer, à repiquer les sources… Pour reproduire la présence d’esprit demandée au public lors des représentations, une animation vient dynamiser l’accès aux écrans sur laquelle une action est nécessaire pour accéder aux zones cliquables.

Tableau 3 : Formes documentaires de la Pierre tombale ludique (2001 à 2020)
Éléments symboliques spécialement créés ou issus du fonds documentaire de la troupe
Images d’archive originales ou traitées
Extraits vidéos et sonores
Plans scénographiques reconstitués et représentés en trois dimensions
Scénarios dramaturgiques animés
Textes descriptifs et réflexifs
Graphiques
Instructions et icônes de navigation

Enfin, la section Ludique recrée en 2D les dispositifs interactifs d’une douzaine de productions. Elle invite le public à résoudre des problèmes, à compléter des jeux ou à fabriquer sa propre image, sa trame sonore, son montage vidéo, son animation. Le cas échéant, il lui est possible de recommencer les interactions à sa guise ou de les effectuer au hasard, de consulter les résultats artistiques obtenus, grâce à une base de données qui compile les œuvres enregistrées, et de les visionner simultanément avec un autre montage (Tableau 4).

Tableau 4 : interactions dans la section Ludique

Création

1. Elagabalus

Elababalus. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Principe

Fragmentation, casse-tête

Redonner vie à Elagabal en composant une litanie

Interactivité

Elagabal, au squelette dégarni, a hérité d’une partie de l’enveloppe corporelle des quatre personnages qui l’encadrent. Chaque partie du corps apparentée émet une syllabe au clic de la souris. L’ordre dans lequel les 22 bons éléments sont trouvés forme une séquence sonore et visuelle originale.

Archive

Extraits sonores

2. Outrage à l’image

Outrage à l’image. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Miroir

Tester son sens de l’orientation

Cliquer sur la main, le poing ou le doigt de l’écran de droite pour reproduire les déplacements présentés dans l’écran de gauche. Se laisser finalement tenter par la réalisation de son propre mouvement à reproduire par soi-même.

4. Inextricablement monotone

Inextricablement monotone. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Composition  

Personnaliser ce quotidien inextricablement monotone

Rédiger sa propre histoire à chaque étape du canevas visuel et sonore proposé. Repérer un des médias de communication qui donnent accès à la zone d’écriture (cahier de notes, ordinateur), puis saisir son texte afin de poursuivre le parcours de cette journée typique.

Extraits sonores : radio, téléphone, chœur lors des déplacements

Extraits vidéos : publicités télévisuelles

5. Oh les beaux jours

Oh les beaux jours. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Mémoire 

Éprouver sa mémoire

Cliquer sur le bon objet qui doit sortir du sac dans le même ordre et dans le même temps que la routine présentée.

Extraits sonores

6. Éco

Éco. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Montage

Composer sa trame sonore dramatique

Composer un minimum de dix secondes et un maximum de 90 secondes à partir de combinaisons sonores et de périodes de silence. L’ordinateur retient, l’une après l’autre, chaque pression faite sur une zone sonore choisie. Une pression sur une zone silencieuse est aussi gardée en mémoire. Le temps que dure chaque pression détermine la durée du son et du silence retenu.

Extraits sonores : 45 combinaisons sonores

8-10-11-12-13-15-16-19-20-21. Simul

Simul. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Montage

Simuler sa propre journée-vidéo

Déposer sur chaque case horaire une activité qui illustre une action du quotidien : repos, repas, soin, entretien, ravitaillement, déplacement, occupation, loisir.

Déposer sur chaque case horaire une activité qui illustre une action du quotidien : repos, repas, soin, entretien, ravitaillement, déplacement, occupation, loisir.

9. Brûta

Brûta. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Sollicitation

Se confronter aux multiples visages de Brûta

Dans ce monde fictif de consommation, le hasard attribue, au départ, un certain nombre de jetons qui seront utiles tout au long du jeu. À chacune des six étapes, choisir de payer ou non le nombre de jetons demandés pour avoir accès aux produits que Brûta offre.

Extraits sonores

Extraits vidéos

14-17. Les Bacchantes

Les Bacchantes. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Montage

Mixer les images en mouvement à la volée

Durant le défilement continu des scènes, cliquer sur le bouton au bas d’un des petits écrans pour voir son contenu s’afficher sur le grand écran central. Faire ainsi votre propre mixage en direct.

Extraits vidéos

Extraits sonores

22. Logomachie

Logomachie. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Mémoire

Éprouver son habileté langagière et sa vitesse d’exécution

Chaque brique de la pyramide est associée à un mot prononcé en langue étrangère et à sa représentation iconographique. Cliquer sur la brique correspondante aussi rapidement que possible à l’instant même où le nom d’un objet est émis.

Extraits sonores

23. Voisins

Voisins. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Sollicitation de gestes à poser

S’identifier à l’un ou à l’une des protagonistes

Activer trois zones sonores (homme, neutre, femme) en cliquant sur un des choix d’action. Choisir un des deux camps en manipulant le viseur de la caméra. Encourager son protagoniste par des cris de chats, de poules, de chèvres, de loups, de pinsons ou en levant sa main.

Extraits vidéos

Extraits sonores

24. Autres activités

Autres activités. Extrait du site Web Pierre tombale ludique. 2010. Photographie de Lucie Fradet.

Imagination

Le P’tit cochon est bien triste!

Colorer le P’tit cochon, le déguiser, lui donner un nom, lui donner des idées de performances subversives ou cochonnes.

Cette section du site Web est considérée comme un objet artistique autonome libre de toute explication théorique au même titre que n’importe quelle autre œuvre. Les interfaces interactives deviennent ainsi le théâtre de la mémoire où la mise en scène des archives photo, vidéo et audio issues des représentations tend à rendre authentiques les fragments d’une expérience scénique appartenant au passé. Ces éléments constituent ainsi une nouvelle forme de récit, de nouvelles archives (Ricœur, 2006).

Hélas, le site Web pleinement fonctionnel, mais demeuré inachevé est devenu obsolète en 2020, le logiciel multimédia (Adobe Flash) utilisé n’étant dorénavant plus supporté par les navigateurs Internet. Cette Pierre tombale ludique venait de s’enterrer sous ses archives. De nouvelles stratégies ont donc été adoptées en tâchant de contourner l’éphémérité de ces traces matérielles, analogiques, électroniques et numériques.

De l’obsolescence technologique à la préservation numérique (1985 à 2020)

Quoique fragmentaires, les archives d’ARBO CYBER, théâtre (?) proviennent de l’une ou l’autre des phases de création présentées au Tableau 5.

Tableau 5 : Phases de création d’un spectacle théâtral d’ARBO CYBER, théâtre (?)
ConceptualisationIdéation; précision des intentions dramaturgiques et de la relation avec le public; description conceptuelle et narrative du projet; scénarisation.
FinancementPrévisions budgétaires; bilan artistique, financier et critique de la troupe; recherche de commanditaires; conception et réalisation des activités de financement; rédaction du rapport.
ConceptionConstitution de l’équipe; conception de la mise en scène; rédaction ou adaptation du texte; composition des partitions musicales, sonores et vidéographiques (en différé et en direct); création du dispositif scénique, des costumes et des accessoires; dessin des plans scénographiques et d’éclairage; montage du devis technique.
RéalisationDirection de la production; construction du dispositif scénique, fabrication des costumes et accessoires; tournage et montage vidéo, enregistrement et montage sonore, programmation informatique et base de données; improvisation, interprétation, performance.
Mise en marchéÉlaboration du plan de communication; rédaction du communiqué de presse, conception et réalisation du matériel publicitaire; réalisation du site Web présentatif, transactionnel et commémoratif; placements médiatiques; communications et relations de presse.
Présentation publiqueAccueil du public; actions scéniques; réactions du public, rétroactions scéniques et médiatiques, interactions scène-salle; discussions avec le public.
Réception critiqueRétroaction interne; article journalistique; commentaires du public.

Devant l’impossibilité d’atteindre l’exhaustivité, assurer une représentativité documentaire demande de satisfaire aux critères suivants (Cardin, 2007; Cardin et Alaoui, 2021; CAC, 2015; Frey, 2009) :

  • authenticité : origine du document certifiée et réutilisabilité du support de lecture, d’enregistrement et de restitution physique, analogique, numérique;
  • fiabilité : vérité des événements représentés;
  • intégrité : complétude et exactitude des éléments les plus pertinents et significatifs.

Pour les piliers d’ARBO CYBER, théâtre (?), leur fonds d’archives est représentatif du travail de la troupe. Puisqu’ils ont participé à l’ensemble des créations et à la réalisation documentaire, ils peuvent témoigner de l’exactitude des contenus conservés, de leur crédibilité et de leur fiabilité (Frey, 2009; Organisation internationale de normalisation, 2016). Inutile de recourir à un tiers témoin (Bloch, 1949; Ricoeur, 2006), un accord intercréateur mnémonique et interprétatif suffit pour établir la preuve de l’événement et juger de la qualité de ce qu’elle prétend être (Frey, 2009).

Qu’elles soient concrètes ou virtuelles (Tableau 6), les traces d’ARBO CYBER, théâtre (?) sont soit relativement bien conservées, soit irrécupérables. C’est souvent le cas des archives des arts vivants et numériques (Labo arts & techs, 2019).

Tableau 6 : Fonds d’archives d’ARBO CYBER, théâtre (?) (1985 à 2020)
Éléments physiquesDécors, marionnettes, costumes, masques, accessoires, instruments musicaux inventés
Manuscrits et imprimésNotes, brouillons, procès-verbaux, demandes et formulaires de subvention, budgets, rapports, contrats, documents de présentation, plans, esquisses, outils pédagogiques
Éléments numériquesFichiers textes, photos, audios, vidéos Réalisations pour le site Web : images 2D et 3D, animations, programmation informatique
Supports analogiquesDiapositives, films, bandes sonores, cassettes vidéos
Supports numériquesDisquettes, cédéroms, disques externes, clés USB

Pour ce qui est des éléments physiques construits et confectionnés pour les représentations, ils n’existent plus. Seules les images photos et vidéos peuvent en témoigner. Pour la plupart préservées depuis les débuts de la troupe, les traces manuscrites ou imprimées peuvent être facilement transcrites, prises en photo ou numérisées. Quant aux documents analogiques, ils sont transférables sur support numérique pourvu que l’appareil approprié soit encore accessible.

Malheureusement, les anciens fichiers informatiques conservés sont pour plusieurs soit illisibles, faute de lecteurs disponibles, soit corrompus. Un moyen de les récupérer, voire de les reconstituer, reste encore à trouver. Même situation pour les animations et les programmations informatiques du site Web, car seule une ancienne version du logiciel Adobe Flash est encore opérable sur un vieil ordinateur pour accéder à ces informations et les faire rouler.

Sans processus documentaire systématisé et sans stratégie de résistance à l’obsolescence technologique par la prise de mesures de contrôle appropriées, il n’est pas possible d’attester de l’authenticité des documents numériques puisque plusieurs sont altérés, perdant ainsi leur aptitude à un usage futur (Cardin, 2007; CAC, 2015; Frey, 2009). Pour la réalisation des nouveaux formats de commémoration, la documentation des processus de production devra être assurée pour prévoir d’inévitables migrations numériques futures (Cardin, 2007).

Un livre-testament numérique (2027 à…)

Vouloir assurer la pérennité d’un nouveau site Web qui résisterait à l’obsolescence technologique une fois les piliers de la troupe eux-mêmes tombés en désuétude ne peut être envisagé faute de légataire, de financement ou de structure organisationnelle publique dédiée à la durabilité de ce type de patrimoine culturel. En effet, qui paierait l’hébergement Web? Qui effectuerait la migration nécessaire vers les nouvelles technologies? Qui appliquerait les mesures de conservation requises? Qui donnerait accès aux objets numériques? etc. De surcroît, qui voudra conserver les dizaines de boîtes d’archives physiques de la troupe? L’organisme n’a certes pas la notoriété voulue pour répondre aux critères d’acquisition de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), notamment en ce qui concerne la représentativité, la communicabilité, l’exploitabilité des documents (BAnQ, 2026).

En revanche, opter pour l’autoédition d’un livre-testament numérique imprimable permet d’en assurer une certaine pérennité dans la mesure où il sera envoyé à certaines bibliothèques et à des centres de documentation spécialisés, comme la Théâtrothèque de l’Université de Montréal (Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture au Québec (CRILCQ), 2026); le Centre de documentation de l’École supérieure de théâtre de l’UQAM (CEDEST) (UQAM, 2026); le centre d’information Artexte (e-ARTEXTE, 2026). Ce format répond avant tout à un besoin de visibilité auprès d’un public intéressé à l’histoire des arts vivants et des médias utilisés dans un contexte scénique (enseignement, recherche, création).

Ne s’encombrant pas de fonctions transactionnelles, d’interactivité, ni de liens avec les réseaux sociaux, ce nouvel outil de dissémination comporterait des textes, des images fixes et des hyperliens vers des plateformes d’hébergement où seront déposés des fichiers audios et vidéos. Le Tableau 7 présente le contenu probable de cet ouvrage de référence des productions d’ARBO CYBER, théâtre (?).

Tableau 7 : Contenu envisagé d’un futur livre-testament numérique
Page titre
Introduction
– Origine
– Mission
Chapitre Basique : présentation détaillée de la troupe
– Démarche artistique
– Historique
– Artistes et partenaires
– Types de créations : productions, Simul, laboratoires et autres activités, section Ludique de la Pierre tombale ludique (Couverture)
– Processus
– Diffusion et médiation
Chapitre Chronologique : description détaillée des créations
– Éléments du fonds documentaire visuel et sonore (Tableau 6)
Chapitre Systémique : réflexion sur les recherches associées à la démarche artistique
– Concepts, public, espace; vidéo, son, texte, jeu, performance
Table des matières
Hyperliens vers les plateformes d’hébergement audio et vidéo
Bibliographie
Remerciements
Mentions légales

Après avoir sélectionné les documents les plus pertinents et significatifs puis créé ou reconstitué les éléments manquants, tous devront être soit transcrits ou numérisés, traités, formatés pour être intégrés à la nouvelle interface. Le respect des droits d’auteur et du droit à l’image des personnes apparaissant sur les photos et vidéos devra aussi être assuré. Ces opérations sont à la base de tout travail d’édition équivalent, mais ne sont pas suffisantes pour assurer la pérennité et la découvrabilité des informations mises en page et en ligne.

Assurer la pérennité de l’accessibilité des traces (2027 à…)

Les systèmes d’exploitation, les plateformes d’hébergement, les logiciels et éditeurs Internet étant appelés à l’obsolescence, une autre stratégie de préservation à long terme est requise, celle d’une contribution aux efforts de mutualisation collaborative des données dans ce Web 3.0, dit « sémantique » (Meilleur, 2021). Dans la tendance actuelle, les algorithmes des moteurs de recherche parcourent Internet non pas pour trouver des pages Web, mais pour détecter des informations sous forme de données compréhensibles et traitables par les systèmes (Cardon, 2015). Optimiser les pages Web en ce sens les positionne à la hauteur des premiers résultats de recherche, accroissant ainsi leur potentiel de découvrabilité.

Selon l’Observatoire de la culture et des communications du Québec, la découvrabilité réfère à « la capacité, pour un contenu culturel, à se laisser découvrir aisément par le consommateur qui le cherche et à se faire proposer au consommateur qui n’en connaissait pas l’existence » (2017 : 23). Dans le domaine culturel, elle s’appuie sur des traces numériques repérables, mais indépendantes des pages Web dont elles sont issues, grâce à la documentation exhaustive de chaque élément du contenu sous forme de données structurées assurant l’intégrité des documents (Frey, 2009; Petri et Julien, 2017; Plamondon, 2019; Tchéhouali et Plamondon, 2019). Ces données comprennent des :

  • balises (marqueurs inscrits dans le code HTML);
  • annotations sémantiques;
  • référencements (mots-clés);
  • métadonnées interopérables de type : descriptif (nom, titre, auteur, forme, dimensions, caractéristiques, langue, contenu, autres informations d’intérêt sous des formats normalisés); juridique; géographique; administratif; technique (support, format, date et heure de captation).

L’interopérabilité rend les données utilisables et fonctionnelles avec d’autres données provenant d’autres systèmes ou plateformes, contribuant ainsi à réduire la dépendance envers eux (ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ) et ministère de la Culture de France, 2020). L’interopérabilité repose sur l’utilisation d’identifiants uniques selon un modèle d’échange d’informations commun avec d’autres organismes culturels (ISBN : livres et publications; ISAN et EIDR : cinéma et audiovisuel; ISRC : enregistrements sonores; ISNI : créatrices et créateurs; identifiant Wikidata : tous les secteurs).

Pour ARBO CYBER, théâtre (?), ces efforts de découvrabilité comportent plusieurs opérations énumérées au Tableau 8 (MCCQ, 2021).

Tableau 8 : Opérations pour assurer la découvrabilité des traces d’ARBO CYBER, théâtre (?) (2027 à…)
Utiliser un système de gestion de contenus gratuit et libre
Souscrire à un site d’hébergement sécurisé de vidéos et de documents audios
Se doter d’un outil de collecte de données d’usage (profil de navigation : données nominatives, sur les centres d’intérêt, de comportement sur les téléphones mobiles, ordinateurs et objets connectés, de navigation (Tchéhouali et Plamondon, 2019) en adéquation avec la protection des renseignements personnels (Loi 25 du Gouvernement du Québec) (Gouvernement du Québec, 2026)
Obtenir les numéros d’identifiants uniques : ISBN, ISAN, EIDR, ISRC, ISNI et Wikidata pour tous les secteurs
Référencer et indexer le matériel numérique : balises, annotations sémantiques, mots-clés, métadonnées descriptives interopérables
Créer une page Wikipédia
Participer au projet Wikidata du Conseil québécois du théâtre (CQT) (2026) et au site de référence Rappels (2026) sur les productions théâtrales professionnelles du Québec

Ces opérations constituent une charge de travail colossale gérée avec le seul bon vouloir des piliers d’ARBO CYBER, théâtre (?), cette fois-ci sans financement.

***

Vouloir laisser sa trace avec des archives fragmentaires et irrécupérables à plusieurs égards demande une somme de travail importante de conversion, de traitement, de référencement et d’indexation pour assurer la découvrabilité de ce fonds documentaire et atteindre une certaine interopérabilité. Un livre-testament numérique, de surcroît, n’est pas appelé à être actualisé ni à être actif sur les réseaux sociaux, opérations requises pour améliorer la découvrabilité d’un contenu virtuel (MCCQ, 2021). Espérons que l’efficacité des autres opérations de découvrabilité saura y faire.

Vouloir rendre public un patrimoine culturel issu des arts vivants sans accès à un budget attitré là où les artistes et organismes peinent à financer leurs créations et leurs productions est lourd d’apprentissages, de temps et d’énergie. Le Gouvernement du Québec montre un certain intérêt de développement avec son programme d’aide financière de Découvrabilité des contenus culturels francophones et de Développement culturel numérique dans la francophonie canadienne (Gouvernement du Québec, 2022). Cependant, l’admissibilité semble plutôt restreinte. Actuellement, certaines plateformes offrent des services de stockage (Labo arts & techs, 2019). La BAnQ, par exemple, archive les sites Web selon certains critères (Johnson, 2019). Mais, pour cette institution, la tâche demeure inachevée.

Vouloir garder une mémoire vivante après avoir mis un terme à des activités publiques depuis plus de vingt ans est complexe dans cet univers Web 4.0, dit « intelligent » (Meilleur, 2021), toujours en évolution. Il est en somme difficile de « s’émanciper des prismes du présent pour anticiper l’avenir » (Denizot, 2014 : 7). Mais les piliers d’ARBO CYBER, théâtre (?) demeurent têtus.

Bibliographie

BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES NATIONALES DU QUÉBEC (BAnQ) (2026), « Politique d’acquisition des archives privées (P-9) », Montréal, BAnQ. https://www.banq.qc.ca/politique-dacquisition-des-archives-privees-p-9/

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CONSEIL DES ACADÉMIES CANADIENNES (CAC) (2015), À la fine pointe du monde numérique : possibilités pour les institutions de la mémoire collective au Canada, Ottawa, Le comité d’experts sur les institutions de la mémoire collective et la révolution numérique, CAC.

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E-ARTEXTE (2026), Montréal, e-ARTEXTE, https://e-artexte.ca/.

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