COMPOSE & DANSE est un dispositif numĂ©rique connectĂ© qui permet Ă  la danse de s’inviter dans les lieux de vie. Consacré à une mise en partage des savoirs subjectifs sur le corps contenus dans l’acte de composer une danse, COMPOSE & DANSE propose un atelier virtuel Ă  distance : il s’agit de faire l’expĂ©rience du surgissement de la danse en soi. L’hypothĂšse repose sur le postulat que la danse est la simple expression du poĂ©tique prĂ©sent Ă  l’état latent en chacun·e : car si la danse prĂ©existe potentiellement Ă  tout mouvement, tout le monde peut entrer dans la danse Ă  tout moment.

Je suis Ă  la fois artiste depuis une trentaine d’annĂ©es et jeune chercheuse; ma recherche doctorale s’est envisagĂ©e Ă  partir du trait d’union qui relie recherche et crĂ©ation. « Ce trait d’union permet de faire converser, de mettre ensemble, de conjoindre » (Citton, citĂ© dans Citton, Deck et Rasmi, 2021) les versants thĂ©oriques et pratiques qui nourrissent tant la recherche que la crĂ©ation. « Un trait d’union qui invite Ă  prendre les choses par le milieu » (idem), et qui incite Ă  regarder les conversations qui adviennent. Car com-prendre les choses par le milieu, c’est se laisser embarquer dans « des objets Ă©nigmatiques » (idem). COMPOSE & DANSE est certainement un objet Ă©nigmatique, n’ayant pas pris forme dans un objectif prĂ©dĂ©terminĂ©, mais s’étant plutĂŽt nourri de nombreuses conversations artistiques, thĂ©oriques, techniques ou technologiques. Ces « conversations crĂ©atives » (idem), engagĂ©es depuis la naissance du projet et tout au long de son dĂ©ploiement, ont Ă©tĂ© dĂ©terminantes dans la comprĂ©hension de ce qui se jouait Ă  chaque Ă©tape et ont concrĂštement influencĂ© formes et contenus.

COMPOSE & DANSE est dĂ©sormais une application Web1Il faut spĂ©cifier que la recherche-crĂ©ation doctorale qui est Ă  l’origine du dĂ©veloppement de cette application Web a dĂ©butĂ© en 2017 – bien avant la crise sanitaire que nous connaissons actuellement et le basculement vers la transition numĂ©rique qui s’impose Ă  nous en 2022. : compose-danse.art/

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COMPOSE & DANSE

Code QR 1

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Librement accessible, cet outil numĂ©rique invite la danse Ă  prendre place dans le quotidien de tout·e habitant·e d’un environnement connectĂ©. COMPOSE & DANSE est un dispositif en ligne qui, au-delĂ  d’ĂȘtre un objet Ă©nigmatique, peut ĂȘtre qualifiĂ© d’« atelier virtuel » : « atelier » dans le sens d’un « terrain de recherche » qui interroge notamment les modalitĂ©s d’appropriation des savoirs et savoir-faire qu’il induit; et « virtuel » au sens de « qui existe sans se manifester », ou « qui est Ă  l’état de simple possibilitĂ© ou Ă©ventualité ». J’attribuerai cette dĂ©finition d’atelier virtuel aux scĂ©narios Ă  danser publiĂ©s dans COMPOSE & DANSE : « Un scĂ©nario est une trame Ă©crite, visuelle ou sonore : des consignes Ă  saisir, Ă  interprĂ©ter Ă  votre façon pour composer une danse, une danse unique, la vĂŽtre »(COMPOSE & DANSE, s.d.).

Le scénario : une invitation épistolaire à entrer dans la danse

L’ambition de COMPOSE & DANSE est d’éveiller la crĂ©ativitĂ© de chacun·e, Ă  distance et sans modĂšle. Le scĂ©nario est une guidance Ă  danser conçue en collaboration avec des artistes, des pĂ©dagogues, des chercheur·euses, des critiques et des thĂ©rapeutes, entre autres. À partir de ces invitations Ă©pistolaires, il est possible de dĂ©couvrir et de goĂ»ter en toute autonomie quelques-unes des pratiques plurielles de la fabrique de la danse, majoritairement puisĂ©es dans l’histoire de la crĂ©ation chorĂ©graphique en danse contemporaine.

COMPOSE & DANSE expĂ©rimente l’atelier Ă  distance : le geste chorĂ©graphique est virtuellement proposĂ©, et une guidance accompagne l’internaute vers l’expĂ©rience sensible de la composition du corps dansant. En premiĂšre instance, au cƓur de cette conversation avec la danse, ma recherche-crĂ©ation propose de faire personnellement l’expĂ©rience de quelques savoirs subjectifs du corps, intrinsĂšques au mouvement dansĂ©. Cet article vous propose de faire concrĂštement de mĂȘme : dans une dĂ©marche de « dĂ©prise » et de « reliance » tout Ă  la fois, le lecteur ou la lectrice – c’est-Ă -dire vous – Ă©prouvera quelques-uns des va-et-vient incessants, entre expĂ©rience pratique et savoirs conceptuels, qui ont fondĂ© ma recherche.

Êtes-vous prĂȘt·e Ă  entrer dans la danse? Pour composer votre danse, vous serez, cher lecteur, chĂšre lectrice, seul·e maĂźtre du jeu : le scĂ©nario ne sera que le tracĂ© du chemin, que vous et vous seul·e parcourrez, Ă  votre façon
 Le scĂ©nario choisi vous emmĂšnera dans la pratique de composition d’une chorĂ©graphe qui a puissamment marquĂ© la danse contemporaine : Odile Duboc2Une biographie dĂ©taillĂ©e d’Odile Duboc est accessible en suivant ce lien : odileduboc.com/page/54. Bruno Danjoux3Une biographie de Bruno Danjoux est accessible sur COMPOSE & DANSE : compose-danse.art/collaborators, danseur de feue Odile Duboc, est l’auteur du scĂ©nario #44, « Danser la matiĂšre », publiĂ© dans COMPOSE & DANSE le 4 mars 2021.

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Scénario #44

« DANSER LA MATIÈRE »

Code QR 2

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Afin de s’adapter au format de la revue et Ă  l’objectif imparti Ă  ce texte, les mots-guides proposĂ©s ci-aprĂšs diffĂšrent quelque peu de ceux du scĂ©nario d’origine. Avec l’accord de son auteur, la guidance sera ici fragmentĂ©e, prolongĂ©e et enrichie afin de permettre aux lecteur·trices de prendre part Ă  la complexitĂ© qui se dĂ©ploie entre Ă©prouver et penser. Cependant, si vous prĂ©fĂ©rez explorer votre danse par vous-mĂȘme, depuis l’application en ligne, vous pouvez scanner le code QR ci-dessus ou suivre ce lien4Il est nĂ©cessaire de vous inscrire si vous souhaitez accĂ©der Ă  l’ensemble du contenu de COMPOSE & DANSE. En vous inscrivant, vous disposerez d’un espace personnel qui vous donnera la possibilitĂ© de tenir un carnet de bord de vos aventures crĂ©atives et vous participerez au dĂ©veloppement des projets de recherche universitaire qui fondent COMPOSE & DANSE. Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page « À propos » de COMPOSE & DANSE : compose-danse.art/library :

compose-danse.art/recipes/603b5708e6ad7354d336c51c

Maintenant et ici mĂȘme, lĂ  oĂč vous vous trouvez, cher lecteur, chĂšre lectrice, aventurez-vous dans l’expĂ©rience sensible du surgissement de la danse.

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Attrapez quelque chose en tissu :

un coussin,

un plaid,

un sac peut-ĂȘtre?

ou une écharpe,

un gilet?

Choisissez une matiĂšre que vous pourrez toucher Ă  souhait!

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Prenez cette matiùre entre vos mains


Commencez doucement Ă  la toucher,

Du bout des doigts d’abord,

Puis à pleines mains


***

Caressez,

frottez


Serrez,

étirez


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Prenez le temps d’explorer diffĂ©rents touchers :

pincer, plier, écarter, froisser, lisser


***

Chaque exploration peut s’étendre jusqu’à plusieurs minutes :

prenez soin d’accorder à votre corps

tout le temps dont il a besoin pour clarifier la sensation.

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Soupeser


Soulever


Laisser pendre


Lancer


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En reliance avec la danse du Projet de la matiùre (1993) d’Odile Duboc

Suspendons l’action quelques instants pour nous pencher sur le dessein d’un scĂ©nario. L’objectif de l’atelier virtuel de COMPOSE & DANSE est d’ouvrir quelques portes sur les savoirs subjectifs du corps contenus dans l’acte de composer une danse. Ainsi, pour commencer, l’auteur du scĂ©nario s’attache-t-il Ă  Ă©clairer une pratique chorĂ©graphique, opĂ©rant un focus, d’une part sur la qualitĂ© de la matiĂšre-corps en elle-mĂȘme, et d’autre part sur les procĂ©dĂ©s ou processus qui permettent Ă  cette matiĂšre de prendre forme. En l’occurrence, Danjoux s’est plongĂ© une nouvelle fois dans sa mĂ©moire corporelle, tout en procĂ©dant Ă  une fouille mĂ©ticuleuse des archives de Duboc5Voir le site Internet odileduboc.com/. Pour mĂ©moire est un trĂ©sor pour qui souhaite aller Ă  la rencontre du travail de la chorĂ©graphe. Conçu « comme une exposition, un trajet sensible Ă  travers les documents et les archives d’une artiste chorĂ©graphe » (Odile Duboc, s.d.), ce site a vu le jour grĂące au travail conjoint de Françoise Michel, Ă©clairagiste et collaboratrice essentielle d’Odile Duboc, d’Agathe Pfauwadel, danseuse interprĂšte d’Odile Duboc, et de Julie Perrin, enseignante-chercheuse et autrice du livre Projet de la matiĂšre – Odile Duboc : mĂ©moire(s) d’une Ɠuvre chorĂ©graphique (2007a).. À travers Projet de la matiĂšre6Archive en ligne de Projet de la matiĂšre : odileduboc.com/spectacle/Projet-de-la-matiere-1993-, l’Ɠuvre sur laquelle se fonde ce scĂ©nario, la chorĂ©graphe a cherchĂ© Ă  faire surgir une qualitĂ© de corps bien singuliĂšre7« Dans Projet de la matiĂšre, Odile Duboc atteint une qualitĂ© gestuelle Ă  laquelle elle n’était jamais parvenue Ă  conduire ses danseurs. Abandonnant son Ă©criture, mais pas ses convictions, elle tente de faire vivre aux danseurs, comme au public, “trois Ă©tats du corps et de l’ñme” qui l’obsĂšdent : envol, vertige, abandon » (Perrin, 2007b : 35).. « La lutte que nous engageons chaque instant de notre vie pour rĂ©sister Ă  l’attraction terrestre n’est perceptible que dans l’abandon de notre corps » (Duboc, citĂ©e dans Contre Jour – Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ©, 1993 : 3), prĂ©cise-t-elle en prĂ©ambule de la note d’intention du projet :

[N]ous chercherons pour toucher au plus profond de la sensation, Ă  inventer avec un plasticien au fil de la crĂ©ation, des volumes ou Ă©lĂ©ments de « dĂ©cor » de consistances et formes diverses, crĂ©ant des niveaux et des reliefs diffĂ©rents, et autorisant le danseur Ă  relĂącher son corps, une partie de celui-ci non plus sur l’horizontalitĂ© de la scĂšne mais en divers niveaux. [
] L’originalitĂ© du projet rĂ©side dans la crĂ©ation simultanĂ©e du mouvement – matiĂšre dansĂ©e – et de la matiĂšre dite « dĂ©cor » (ibid. : 4).

[D]eux processus crĂ©atifs s’influencent et se contraignent mutuellement afin qu’à tout moment la crĂ©ation n’existe qu’au singulier. [
] L’objectif du projet est de « parvenir Ă  un spectacle qui permette de parler du dĂ©sĂ©quilibre mental par la prise en compte du dĂ©sĂ©quilibre physique. Â» (Odile Duboc) (Contre Jour – Centre ChorĂ©graphique National de Franche-ComtĂ©, 1993 : 6).

Le contenu, la forme et la qualitĂ© de l’adresse de la guidance, c’est-Ă -dire le corps mĂȘme du scĂ©nario, ont Ă©tĂ© travaillĂ©s en s’immergeant dans l’incarnĂ© et en se projetant dans l’agir. L’invitation doit ĂȘtre Ă  la portĂ©e de toutes et de tous. Pour ce faire, les mots ont Ă©tĂ© soigneusement choisis, les phrases ont Ă©tĂ© composĂ©es avec parcimonie, Ă  la recherche d’une certaine Ă©conomie de langage que seul l’écrit peut apporter. Au-delĂ  du sens de la phrase et du mot retenus, les non-dits et les espaces vides revĂȘtent Ă©galement leur importance, afin que le lecteur-danseur ou la lectrice-danseuse survole le texte et se saisisse en mouvement des vides. L’important est de s’engager dans l’expĂ©rience et de construire son interprĂ©tation singuliĂšre de la guidance : c’est ce que visait Danjoux.

La guidance n’est ainsi qu’un prĂ©texte pour accĂ©der Ă  la sensation.

Le temps singulier du sentir

Dans ce chemin d’introspection, d’éveil du regard intĂ©rieur, le temps accordĂ© Ă  l’expĂ©rience est essentiel. L’autonomie du lecteur-danseur-interprĂšte ou de la lectrice-danseuse-interprĂšte du scĂ©nario se joue en premier lieu dans la dĂ©couverte du temps qui lui est nĂ©cessaire Ă  l’éprouver de la sensation. Il·elle doit s’accorder le temps qu’il faut jusqu’à ce que la sensation se clarifie. Il n’y a plus lĂ  de finalitĂ© Ă  « bien danser », puisque c’est l’effectivitĂ© mĂȘme du mouvement qui est visĂ©e : l’éprouver, lui faire place, lui accorder le temps qui lui convient.

Ainsi, Ă  travers cette expĂ©rience sensible du sentir, chacun·e prend conscience de la temporalitĂ© unique et rĂ©elle de son propre corps. Et si ce scĂ©nario devait ĂȘtre traversĂ© Ă  plusieurs, collectivement dans un temps partagé – comme ce fut le cas lors du colloque L’atelier en acte(s) : espace de crĂ©ation, crĂ©ation d’espace –, ses interprĂštes seraient, lĂ , confronté·es Ă  la pluralitĂ© des temps et des rythmes propres Ă  chacun·e. Cette diversitĂ© peut s’apparenter Ă  la notion d’« idiorrythmie » (Barthes, 2021 [1977]) dĂ©finie par Roland Barthes. L’idiorrythmie, « mot formĂ© Ă  partir du grec idios (propre, particulier) et rhuthmos (rythme) », est un terme que Barthes a extrait du vocabulaire monastique pour rĂ©pondre Ă  son « fantasme d’une solitude collective » : « Il s’agissait pour Barthes de rĂ©flĂ©chir sur un mode de “vivre ensemble” (en petits groupes) qui permette Ă  chacun de dĂ©velopper et de cultiver, dans un cadre commun, le “rythme propre” – idiorrythmie – Ă  son individualitĂ© singuliĂšre » (Citton, 2010).

Retrouvons le cours de notre expĂ©rience pratique de la matiĂšre, cette fois conscient·es et respectueux·euses des rythmes singuliers du vĂ©cu de l’expĂ©rience corporelle
 Pour ce faire, munissez-vous d’une horloge disposant d’un chronomĂštre et d’un minuteur (sur votre tĂ©lĂ©phone mobile, par exemple). Cette prochaine Ă©tape de notre expĂ©rience se dĂ©roulera en deux parties : chronomĂ©trez la premiĂšre, puis reportez Ă  l’identique le temps passĂ© sur une alarme afin de dĂ©terminer Ă  l’avance le temps imparti Ă  la deuxiĂšme.

***

1Úre partie

(Lancez votre chronomùtre, lisez le premier texte de guidance ci-dessous, puis commencez
)

***

Reprenez votre matiùre entre les mains


Retrouvez tranquillement votre exploration :

Tordre


Lñcher


Ramasser


Entourer


Etc.

Mettre en boule, dérouler, aplanir, etc.

Puis, comme pour sentir plus distinctement,

vous laisserez vos yeux se fermer


Et reprendrez l’exploration


Le regard tournĂ© vers l’intĂ©rieur,

vous vous accorderez tout le temps qui convient

pour goûter en conscience la texture de la matiÚre


***

2e partie

(Notez le temps que vous avez alloué à la premiÚre partie, reportez-le sur un minuteur, lisez le texte de guidance ci-dessous, déclenchez le minuteur, fermez les yeux, puis commencez
)

***

Entrez dans le jeu du faire et défaire


Entre chaque toucher, votre matiÚre retrouvera-t-elle un état neutre?

Vous prĂȘterez attention au temps qu’il faut pour faire


Et pour défaire


Vos diffĂ©rentes explorations s’inscriront naturellement dans votre corps


Puis, les yeux toujours fermés, vous lùcherez votre matiÚre


Vous éprouverez physiquement le geste sans la matiÚre


Le jeu du faire se poursuivra,

ainsi que celui du défaire


Votre corps retrouvera tranquillement toutes les sensations explorées


Vous observerez combien votre mémoire sensorielle se révÚle fidÚle, sensible


Vous goûterez infiniment cette mémoire incroyable de votre corps,

de vos cellules…

***

Lorsque l’alarme de votre minuteur se fera entendre,

vous ouvrirez lentement les yeux :

et regarderez vos mains, vos bras


Comme pour éprouver encore un instant

les gestes de vos sensations


***

Une danse de la sensation

Suspendons Ă  nouveau l’expĂ©rience, et tournons-nous encore une fois sur ce que peut nous apprendre cette expĂ©rience corporelle, au regard de certains concepts thĂ©oriques. Le scĂ©nario ici rĂ©vĂ©lĂ© est un exemple. L’atelier virtuel mis en jeu par COMPOSE & DANSE dĂ©ploie une potentialitĂ© essentielle : celle d’inviter au surgissement de la danse en chacun·e, possiblement en tout lieu, Ă  toute heure. En immergeant la danse dans le « milieu essentiel de [la] vie » (Laban, 2003 [1963] : 120) quotidienne, Rudolf Laban8Voir Lise Saladain, « Approche critique du “corps disponible” dans le champ chorĂ©graphique : une contribution Ă  l’étude des modes de structuration du monde de la danse par l’entrĂ©e de la diffusion des savoirs » (2017)., chorĂ©graphe et penseur majeur de la danse, propose de libĂ©rer le mouvement afin qu’il devienne un principe vital : inclure « la danse dans la vie de tous les jours » afin qu’elle devienne « principe d’éducation à la vie » (Saladain, 2017 : 70). Avez-vous l’impression d’avoir dansĂ©? En partant du postulat qu’« il y a dĂ©jĂ  une danse, dans tout mouvement dont la source est son senti, aussi tĂ©nu et imperceptible soit-il » (PiquĂ©, 2015 : 64), nous pouvons certes considĂ©rer que vous avez dansĂ©! En outre, Alice Godfroy et Jean Clam, lors d’une confĂ©rence-atelier, prĂ©cisent que « le senti du mouvement est un senti interne majeur, un senti complexe; en faire l’expĂ©rience transforme notre Ă©tat de prĂ©sence au monde » (Godfroy et Clam, 2014). Cependant, il y a une condition prĂ©alable. Il faut avoir identifiĂ© « les sens lourds qui impliquent le mouvement dans un certain sens » afin de laisser apparaĂźtre un « mouvement pur » (idem), un mouvement Ă©purĂ© de toute esthĂ©tique prĂ©alable. « En d’autres termes, il est nĂ©cessaire de se libĂ©rer d’abord de son idĂ©al [
] du bien danser, puis ne pas imposer d’image prĂ©dĂ©finie Ă  son corps » (PiquĂ©, 2015 : 64), cela afin d’éveiller le regard intĂ©rieur, constitutif de la perception du senti interne du mouvement. Or le regard intĂ©rieur est le premier palier d’une boucle itĂ©rative que gĂ©nĂšre l’expĂ©rience de la fabrique du mouvement dansĂ©.

Cette boucle itĂ©rative peut ĂȘtre rĂ©sumĂ©e ainsi :

– L’attention dĂ©voile la sensation.

– La sensation produit le « mouvement pur », dit exempt d’esthĂ©tique ou de sens prĂ©dĂ©finis.

– Le « mouvement pur » Ă©veille la perception intĂ©rieure (du soi situĂ© dans un espace, un temps, et en relation).

– Cette perception guide l’action Ă  venir, laquelle


– 
 enrichit Ă  nouveau l’attention qui dĂ©voile la sensation
 qui produit le « mouvement pur »  qui Ă©veille la perception
 et ainsi de suite.

– De boucle en boucle, il s’agit non seulement d’approfondir et d’élargir la conscience de soi et de sa prĂ©sence au monde, mais aussi d’apprĂ©cier le mouvement en soi, de rendre ses sensations intelligibles. L’objectif est d’éveiller la mĂ©moire du corps Ă  partir de la conscience des sensations.

Reprenons pour la derniÚre fois le cours de notre expérience :

***

(À nouveau, lisez le texte, fermez les yeux, puis commencez
)

***

Sans la matiĂšre,

les yeux fermés pour commencer,

le jeu du faire et défaire reprendra place


Votre corps retrouvera tranquillement quelques-unes

des sensations explorées


Puis, vous prĂȘterez attention Ă  une sensation en particulier.

Vous prendrez le temps de la clarifier,

de plus en plus distinctement le mouvement qui lui correspond prendra forme.

Lorsque mouvement et sensation vous sembleront accordés,

vous ouvrirez les yeux et regarderez votre mouvement,

comme un·e observateur·trice distant·e


Observez sa forme, son amplitude, sa temporalité, etc.

Ce faisant, que devient votre sensation d’origine?

Est-elle toujours présente à votre conscience?

Comment coexistent sensation et mouvement en vous?

***

Puis laissons-nous glisser une ultime fois sur la pente du versant thĂ©orique. L’hypothĂšse admise dans l’atelier de COMPOSE & DANSE repose sur le fait que la danse est l’expression du poĂ©tique dĂ©jĂ  prĂ©sent Ă  l’état latent en chacun·e. En effet, si la danse prĂ©existe potentiellement Ă  tout mouvement, chacun·e peut entrer dans un Ă©tat de danse Ă  tout moment. Il s’agit alors d’explorer cette capacitĂ© Ă  laisser la danse surgir dans son corps et Ă  se laisser traverser par elle. Comme Sylvain Prunenec, danseur et chorĂ©graphe, le remarque dans un entretien avec Julie Perrin, « oublier la danse et se dessaisir de sa propension Ă  vouloir la maĂźtriser, c’est sans doute se donner la chance d’ĂȘtre agi par elle » (Prunenec, citĂ© dans Perrin, 2014 : 10). AssurĂ©ment, il ne convient pas de penser le scĂ©nario comme l’expression d’un·e artiste sachant·e : « ĂȘtre un maĂźtre, ce n’est pas d’abord transmettre ce qu’on a dans sa tĂȘte. Être un maĂźtre, c’est obliger un autre Ă  exercer lui-mĂȘme sa propre intelligence » (RanciĂšre, 2004). En ce sens, l’invitation Ă  danser proposĂ©e par COMPOSE & DANSE n’a pas Ă©tĂ© pensĂ©e comme une transmission d’un ou de multiples savoir-danser, mais s’est appuyĂ©e sur la logique de Joseph Jacotot9Joseph Jacotot Ă©tait un professeur rĂ©volutionnaire français en exil dans les annĂ©es 1820 aux Pays-Bas. Or il ne parlait pas le hollandais et ses Ă©lĂšves ne parlaient pas un mot de français. De cette situation problĂ©matique, Jacotot « se mit Ă  enseigner ce qu’il ignorait et Ă  proclamer le mot d’ordre de l’émancipation intellectuelle : tous les hommes ont une Ă©gale intelligence » (RanciĂšre, 2004 [1987]). Dans Le maĂźtre ignorant : cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle (2004 [1987]), RanciĂšre relate cette aventure et ravive la philosophie de Jacotot., telle que l’expose Jacques RanciĂšre : « L’acte d’apprendre est d’abord un acte. Le savoir ne se transporte pas d’une tĂȘte dans une autre. Il y a quelque chose qui se passe dans une tĂȘte et quelque chose qui se passe dans une autre tĂȘte. Le savoir ne se transporte jamais. [
] L’idĂ©e de Jacotot est que l’émancipation prĂ©cĂšde toujours l’apprentissage » (idem). L’objectif de l’atelier virtuel proposĂ© par COMPOSE & DANSE est de construire les conditions propices Ă  l’exploration sensible et poĂ©tique du corps en mouvement, afin de prendre conscience de ses potentialitĂ©s. Pareillement, l’essence du scĂ©nario est de guider l’internaute en vue d’engager un processus de dĂ©couverte du soi crĂ©atif qui passe certainement par une « dĂ©prise » de ses prĂ©jugĂ©s et attendus. Comme l’explique Marianne Massin, « l’exercice peut tendre vers l’inspiration et viser Ă  se dĂ©prendre des emprises extĂ©rieures » (Massin, 2021 : 6). La curiositĂ© et la fantaisie naĂźtront de l’engagement de chacun·e Ă  s’accorder le temps de l’exercice rĂ©gulier : vivre et (re)vivre des danses.

En dĂ©finitive, ma recherche-crĂ©ation s’appuie fondamentalement sur la confiance en la force vive de la danse. Cependant, il sera de la responsabilitĂ© de chacun·e de se mettre « à l’écoute » (Nancy, 2002) de soi et du monde comme y invite Jean-Luc Nancy. Peut-ĂȘtre l’internaute visiteur·euse de COMPOSE & DANSE prendra-t-il·elle le temps de faire, de dĂ©faire et de refaire ses gestes? Peut-ĂȘtre aura-t-il·elle l’impression de trop faire ou de ne pas assez faire? Peut-ĂȘtre sera-t-il·elle surpris·e, voire dĂ©stabilisé·e par quelques mouvements imprĂ©vus? Peut-ĂȘtre traversera-t-il·elle des sensations contradictoires? Peut-ĂȘtre ces expĂ©riences du sensible conduiront-elles Ă  dĂ©placer sa perception au quotidien? Quoi qu’il en soit, le plus important est qu’il·elle danse
 dans sa tĂȘte, dans son corps
 ici ou ailleurs
 Ă  un moment ou Ă  un autre


« Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus
10Sous-titre du film Pina (2011) de Wim Wenders. « Cette Ɠuvre est l’aboutissement d’une collaboration entre le rĂ©alisateur et la chorĂ©graphe [
]. En juillet 2009, tout est prĂȘt. L’impensable survient : Pina meurt 3 jours avant le dĂ©but du tournage. Wenders arrĂȘte tout, mais 2 mois plus tard, poussĂ© par les danseurs de la troupe il dĂ©cide de rĂ©aliser non pas le film de W. Wenders et Pina Bausch, mais un film de W. Wenders pour Pina Bausch » (Lannuzel, 2011 : 123). », disait Pina Bausch

Pour conclure, au-delĂ  d’ĂȘtre un « objet Ă©nigmatique » nĂ© de nombreuses conversations crĂ©atives, COMPOSE & DANSE est un dispositif qui convoque un terrain d’expĂ©rimentation du corps sensible Ă  distance. Ainsi, l’atelier virtuel de COMPOSE & DANSE se manifeste-t-il sous la forme d’une potentialité : les scĂ©narios, conçus en collaboration avec des professionnel·les (artistes, pĂ©dagogues, chercheur·euses, critiques, thĂ©rapeutes, etc.), invitent les internautes Ă  explorer les pratiques de fabrique de la danse. Il ne s’agit certes pas de proposer un enseignement Ă  bien danser. En dansant à la croisĂ©e de l’histoire de la danse et de la pratique de la composition, chacun·e dĂ©veloppera son propre savoir subjectif du corps. Internet situe l’expĂ©rience sensible dans le lieu de vie de l’internaute, chez lui·elle, dans son environnement habituel et connu – presque sĂ©curisant. COMPOSE & DANSE a voulu s’inscrire dans cet espace avec Ă©thique et respect de la personne. C’est pourquoi le facteur principal, qui permettra Ă  cet atelier virtuel d’exercer sa potentialitĂ© Ă  faire apparaĂźtre la danse au quotidien, rĂ©side dans le dĂ©sir intrinsĂšque et l’engagement personnel de chaque internaute qui se met Ă  danser. Ces quelques pas de danse Ă©veilleront l’intelligence du corps. Ils participeront certainement Ă  changer regards et postures sur le monde, laissant ainsi affleurer un sourire subtil.

Image de couverture : Avec la matiĂšre : images du scĂ©nario #44, « Danser la matiĂšre Â», lors d’un atelier d’exploration avec les Ă©lĂšves de seconde de l’enseignement Arts Danse. LycĂ©e Jean Monnet, Montpellier (France). Photographies d’Yves Massarotto.

Notes
  • 1
    Il faut spĂ©cifier que la recherche-crĂ©ation doctorale qui est Ă  l’origine du dĂ©veloppement de cette application Web a dĂ©butĂ© en 2017 – bien avant la crise sanitaire que nous connaissons actuellement et le basculement vers la transition numĂ©rique qui s’impose Ă  nous en 2022.
  • 2
    Une biographie dĂ©taillĂ©e d’Odile Duboc est accessible en suivant ce lien : odileduboc.com/page/54
  • 3
    Une biographie de Bruno Danjoux est accessible sur COMPOSE & DANSE : compose-danse.art/collaborators
  • 4
    Il est nĂ©cessaire de vous inscrire si vous souhaitez accĂ©der Ă  l’ensemble du contenu de COMPOSE & DANSE. En vous inscrivant, vous disposerez d’un espace personnel qui vous donnera la possibilitĂ© de tenir un carnet de bord de vos aventures crĂ©atives et vous participerez au dĂ©veloppement des projets de recherche universitaire qui fondent COMPOSE & DANSE. Pour plus d’informations, rendez-vous sur la page « À propos » de COMPOSE & DANSE : compose-danse.art/library
  • 5
    Voir le site Internet odileduboc.com/. Pour mĂ©moire est un trĂ©sor pour qui souhaite aller Ă  la rencontre du travail de la chorĂ©graphe. Conçu « comme une exposition, un trajet sensible Ă  travers les documents et les archives d’une artiste chorĂ©graphe » (Odile Duboc, s.d.), ce site a vu le jour grĂące au travail conjoint de Françoise Michel, Ă©clairagiste et collaboratrice essentielle d’Odile Duboc, d’Agathe Pfauwadel, danseuse interprĂšte d’Odile Duboc, et de Julie Perrin, enseignante-chercheuse et autrice du livre Projet de la matiĂšre – Odile Duboc : mĂ©moire(s) d’une Ɠuvre chorĂ©graphique (2007a).
  • 6
    Archive en ligne de Projet de la matiÚre : odileduboc.com/spectacle/Projet-de-la-matiere-1993-
  • 7
    « Dans Projet de la matiĂšre, Odile Duboc atteint une qualitĂ© gestuelle Ă  laquelle elle n’était jamais parvenue Ă  conduire ses danseurs. Abandonnant son Ă©criture, mais pas ses convictions, elle tente de faire vivre aux danseurs, comme au public, “trois Ă©tats du corps et de l’ñme” qui l’obsĂšdent : envol, vertige, abandon » (Perrin, 2007b : 35).
  • 8
    Voir Lise Saladain, « Approche critique du “corps disponible” dans le champ chorĂ©graphique : une contribution Ă  l’étude des modes de structuration du monde de la danse par l’entrĂ©e de la diffusion des savoirs » (2017).
  • 9
    Joseph Jacotot Ă©tait un professeur rĂ©volutionnaire français en exil dans les annĂ©es 1820 aux Pays-Bas. Or il ne parlait pas le hollandais et ses Ă©lĂšves ne parlaient pas un mot de français. De cette situation problĂ©matique, Jacotot « se mit Ă  enseigner ce qu’il ignorait et Ă  proclamer le mot d’ordre de l’émancipation intellectuelle : tous les hommes ont une Ă©gale intelligence » (RanciĂšre, 2004 [1987]). Dans Le maĂźtre ignorant : cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle (2004 [1987]), RanciĂšre relate cette aventure et ravive la philosophie de Jacotot.
  • 10
    Sous-titre du film Pina (2011) de Wim Wenders. « Cette Ɠuvre est l’aboutissement d’une collaboration entre le rĂ©alisateur et la chorĂ©graphe [
]. En juillet 2009, tout est prĂȘt. L’impensable survient : Pina meurt 3 jours avant le dĂ©but du tournage. Wenders arrĂȘte tout, mais 2 mois plus tard, poussĂ© par les danseurs de la troupe il dĂ©cide de rĂ©aliser non pas le film de W. Wenders et Pina Bausch, mais un film de W. Wenders pour Pina Bausch » (Lannuzel, 2011 : 123).
Bibliographie

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GODFROY, Alice et Jean CLAM (2014), « Vers une phĂ©nomĂ©nologie interne du corps dansant », confĂ©rence-atelier donnĂ©e dans le cadre du colloque La recherche en danse entre France et Italie : approches, mĂ©thodes et objets,  UniversitĂ© Nice Sofia Antipolis, Nice; UniversitĂ© de Turin, Turin, 2 au 5 avril, disponible sur Canal-U (UniversitĂ© CĂŽte d’Azur), www.canal-u.tv/chaines/univcotedazur/la-recherche-en-danse/vers-une-phenomenologie-interne-du-corps-dansant

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PIQUÉ, Muriel (2015), « La composition personnelle en quĂȘte d’évaluation dans le cadre de l’Examen d’Aptitude Technique (EAT – danse) », mĂ©moire de maĂźtrise, Marseille, Aix-Marseille UniversitĂ©.

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SALADAIN, Lise (2017), « Approche critique du “corps disponible” dans le champ chorĂ©graphique : une contribution Ă  l’étude des modes de structuration du monde de la danse par l’entrĂ©e de la diffusion des savoirs », thĂšse de doctorat, Bordeaux, UniversitĂ© de Bordeaux.

WENDERS, Wim (2011), Pina : dansez, dansez, sinon nous sommes perdus, New York, IFC Films.

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