Cartographie en noir et blanc

Gestes dramaturgiques : cartographie

Sous la direction de Émilie Martz-Kuhn

 

Ce deuxième Vivarium s’offre comme une cartographie provisoire, une première impulsion pour tenter de circonscrire plusieurs manières de faire « dramaturgie ».  Initialement préparés pour la revue L’Annuaire théâtral, les articles qui constituent ce dossier épousent une facture conforme à la tradition des revues universitaires. Leur singularité repose donc moins sur les modes d’écriture qu’ils convoquent que sur la pratique même qu’ils tentent d’éclairer. Une pratique interstitielle s’il en est, habile à tirer des traits d’union entre des univers contrastés. C’est dire qu’ils trouvent toute leur place dans L’Extension R&C, tant les modes opératoires dont ils témoignent sont campés entre la recherche et la création, entre la pensée et le faire, entre des imaginaires à faire apparaître, à soigner, ou encore à renouveler.

Fondamentalement hétéromorphe, la dramaturgie – ici entendue comme une action, un engagement, voire une responsabilité –, se loge dans des espaces de création disparates.  Elle investit aussi bien des zones de dialogue secrètes, aux côtés de gestes artistiques naissants, que des environnements plus éclatants, lorsqu’elle s’attelle à travailler les motivations d’une institution.

Dans le contexte d’effervescence que la dramaturgie connaît actuellement au Québec, ce dossier souhaite contribuer à esquisser les débordements de ses pratiques, et peut-être, à tordre amicalement certaines de ses représentations pour le moins monotones. C’est bien de la singularité même de cet agir, que Camille Louis campe tout personnellement entre scènes artistiques, places politiques et plateaux philosophiques, dont il est question. Loin de reconduire l’image du « flic du sens », comme l’a nommé Vitez, ou encore d’entretenir la vision un peu triste du ou de la « spécialiste » invité·e à se prononcer sur un travail en cours (pour le rendre lisible, l’adouber, ou encore l’invalider), les dramaturges de ce Vivarium investissent des postures bancales, irréductiblement mouvantes. « Ne pas savoir, c’est aussi une stratégie », assure Sara Vanderieck dans un texte qui célèbre la spéculation, l’incertitude et la déterritorialisation. Sophie Devirieux et Marilou Craft ne disent d’ailleurs pas autre chose lorsqu’elles tentent de mesurer l’écart entre les dynamiques de leurs formations et les aspérités des terrains rencontrés à leur sortie de l’école. Le doute pour moteur, une écoute hospitalière comme principale ressource, voilà peut-être les outils ou principes d’action communs à celles et ceux qui veillent, patiemment, à ce qui surgira peut-être.

Bonne lecture,

 

Émilie Martz-Kuhn

 

 

Image de couverture du dossier : Julie Parent

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