Lors du colloque de la SQET en juin 2023, l’équipe de recherche1Dans ce texte, seront présent·es avec Germain et Johanna : Alice, Camille, Josiane, Mathi et Mélissa. Ensemble, à l’automne 2022, nous avons lu, autour de thé et de chocolat, nous avons discuté, nous avons expérimenté autour des écosomatiques. Nos pratiques sont habitées par les traces du studio K-4110 du Département de danse avec sa vue imprenable sur le mont Royal et son plancher de bois lumineux, par les traces des auteurs et des autrices lues. Iels seront là, directement ou indirectement, dans ce texte : Haraway, Kimmerer, Abrams, Bardet, Clavel et Ginot, Damian, Despret, Morizot et Zhong-Mengual, Morton, Naoufal, Olsen, Pina, Tsing… et d’autres, qui nous inspirent et nous guident sur le chemin. du projet Pratiques écosomatiques en danse et performance au Québec proposait un atelier d’exploration du lieu et du corps comme espaces d’inscription de traces de diverses natures. Notre groupe de recherche est composé de membres qui proviennent tous et toutes du domaine de la danse ou de l’éducation somatique. Lorsque nous nous sommes réuni·es au début de l’automne 2022 afin de constituer un groupe de lecture d’écrits philosophiques, écoféministes et écosomatiques, il nous semblait évident d’ajouter, dans nos séances collectives de discussion, des expérimentations pratiques afin de mettre notre compréhension des textes en mouvement, d’imaginer comment les mots pouvaient résonner et raisonner dans nos corps. Ces temps de pratique, ce tressage théorie/pratique, cet entrelacement de dispositifs visant à nourrir la recherche nous a invité⸱es à aborder le vaste domaine des écosomatiques en mobilisant toute une palette d’intelligences (intellectuelle, praxéologique, émotionnelle, somatique) et en créant un espace-temps liminal, à la temporalité flottante, propice à l’éveil des sens, et parfois à un léger état de transe. Il s’agissait ainsi pour nous de valoriser nos savoirs sensibles, les savoirs du corps et du geste qui nous constituent comme artistes et chercheur·euses. Les pratiques écosomatiques s’apparentent à plusieurs égards aux épistémologies autochtones qui, de leur côté, s’ancrent dans des savoirs ancestraux, transmis le plus souvent par l’oralité mais surtout par l’expérience, par la mise en pratique. La lecture des écrits de Robin Wall Kimmerer a particulièrement résonné avec notre compréhension des liens possibles entre une approche autochtone de la connaissance et nos pratiques écosomatiques. Dans son livre Braiding Sweetgrass (2013), Kimmerer dévoile comment son enseignement magistral de la biologie s’est rapidement transformé en un enseignement sur le terrain, au sein même de la forêt, pour permettre à ses étudiant⸱es d’apprendre directement des plantes, par une découverte expérientielle et sensible. En offrant ses cours en extérieur, Kimmerer a transformé sa posture d’enseignante, pour faciliter la rencontre entre ses étudiant·es et la source des savoirs transmis, favorisant ainsi une compréhension incarnée de la matière. Depuis plus de 25 ans, la recherche-création en arts vivants à l’université développe de la même façon une épistémologie de la praxis comme source de savoirs. Ce que l’on sait et découvre nait du geste artistique et de la sensibilité de l’artiste, sur le terrain de création. Il n’est pas étonnant de voir aujourd’hui se développer de manière exponentielle la pratique de l’entretien d’explicitation (Vermersch, 1994) dans les recherches en arts afin d’aller sonder les savoirs d’action des artistes, des savoirs ancrés dans leur pratique de création (Bienaise et al., 2025; Ducros, 2025). La recherche-création valorise de cette manière l’articulation fine de la pensée et du geste artistique, et donc l’articulation entre plusieurs types de savoirs, de manière déhiérarchisée et absolument complémentaire. Une lecture, une théorie ou un concept n’ont alors du sens que s’ils font écho à un vécu, à une expérience, à une intuition sensible. C’est seulement à cette condition que le savoir se révèle et surtout laisse une trace, c’est-à-dire inscrit son empreinte dans notre compréhension du monde, notre manière d’être à lui, mais aussi dans une histoire individuelle et collective. À ce titre, il nous apparaissait essentiel de proposer une expérimentation pratique dans le cadre du colloque sur les traces en arts vivants, pour saisir à quel point nous sommes en constant dialogue avec la mémoire d’un lieu ou d’une pratique. C’est le cas lorsque nous nous rendons attentif·ves aux traces relevées par un pistage sensoriel à l’intérieur comme à l’extérieur de soi. Plus largement, la pratique même en arts vivants, par une activation de la sensorialité, se révèle être une expérience qui laisse des traces signifiantes et profondes dans les corporéités comme dans les imaginaires.

Inspiré⸱es par les approches d’Andrea Olsen et de Baptiste Morizot, nous ouvrions notre proposition avec une exploration du lieu où nous sommes, une ouverture attentionnelle dans un espace vécu riche de rencontres et de coresponsabilité (Kimmerer, 2018). Cette ouverture nous a permis d’aller à la rencontre de notre relation avec cet espace, des traces qu’il porte, de celles qu’il laisse en nous et de celles que nous y laissons. La réflexion s’est alors dirigée vers une observation des traces intérieures, à différents niveaux de nos corps sensibles : notre peau poreuse (Barad dans Singh, 2018), nos muscles mémoires-actions (Olsen, 2020), nos os souples et vibratoires, et même nos viscères pensantes (Damian, 2019). Plusieurs questions nous animaient : à quelle profondeur s’impriment les traces du vécu? Où se déposent les savoirs? Comment les écosomatiques nous permettent-elles de penser-pratiquer une posture d’être-avec (Haraway, 2016) afin de véritablement « faire connaissance » (Aubinet, 2017) à partir des traces qui nous habitent?

Dans un tissage entre pratique et théorie, à partir de l’expérience partagée lors de cet atelier offert au colloque, le présent article propose une méditation réflexive guidée à la lumière des auteur·trices qui inspirent la posture écosomatique que nous endossons autour de la notion de trace.

Écosomatiques et pistage des traces

Les écosomatiques échappent à tout exercice de définition. Plurielles, elles se déplient sous toutes sortes de formes, dans toutes sortes de contexte, jouant d’un « tissage » de relations entre soi et le monde, végétal, animal, minéral, aqueux, cosmique. Les écosomatiques nous invitent à un savoir incarné d’un rapport au monde non hiérarchisé, sensible aux détails, dans la porosité des contacts, dans la réciprocité des échanges, dans la gratitude de l’être, ici et maintenant. Pour Joanne Clavel, Marie Bardet et Isabelle Ginot :

l’écosomatique relèverait d’une proposition de contre-modèle de corps visant à rendre compte des liens entre environnement, « corps » et « esprit », et modélisé à partir du champ de l’écologie scientifique et des humanités environnementales. Elle renvoie à la nécessité de se percevoir en réciprocité dynamique et continue avec son milieu, mais aussi en tant qu’écosystème, milieu de partage d’un commun quotidien avec d’autres vivants (2018 : 11).

Les écosomatiques sont des pratiques invitant au voyage, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, naviguant dans les strates de l’espace et du temps. Elles offrent pour horizon d’autres récits, d’autres possibilités de vivre ensemble car, pour citer à nouveau Clavel, Bardet et Ginot, « parler d’écosomatique aujourd’hui revient à s’interroger sur la portée politique des pratiques somatiques, particulièrement sur les relations humains / non-humains qu’elles sont susceptibles d’inventer » (2018 : 11).

Dans le cadre d’une étude menée auprès de trois artistes écosomatiques œuvrant au Québec (Bienaise et al., 2025), notre groupe de recherche a pu mettre en évidence comment leurs pratiques se déploient à travers une immersion dans un lieu, dans lequel elles activent une hypersensibilité attentionnelle aux éléments visibles et invisibles de l’espace et leur expérience somatique. « Expertes de leurs sensations » (Fortin, 2001), elles entrent en relation avec le lieu en étant attentives à chaque détail, chaque transformation. Elles nous semblent alors mobiliser une démarche de pistage écosensible, concept qui guidera notre réflexion tout au long de l’article.

Le terme vient du latin puis de l’italien « pistare » (qui signifie broyer, fouler au pied) puis désigne par extension la terre foulée, la trace au sol, qui donne « piste » : la trace de son passage laissée par un être vivant (CNRTL, 2012). Si le terme est relativement récent (à l’aube du XXe siècle), le pistage est une action ancestrale, comme technique de chasse, mais aussi comme posture plus ancienne encore : une forme d’attention au vivant. Concept développé par le philosophe Baptiste Morizot dans La piste animale (2018) à partir d’un ancrage ethnologique et repris dans un article coécrit avec Estelle Zhong-Mengual (2018) pour une application au domaine de l’histoire de l’art, le pistage écosensible est décrit ainsi :

Pister, c’est rendre sensible aux détails révélateurs de la vie et des comportements des autres vivants (les animaux au premier chef, mais aussi insectes, bactéries, végétaux et champignons). C’est-à-dire décrypter et interpréter indices et traces des vivants pour reconstituer leurs perspectives sur un milieu partagé, leurs relations constitutives dans leur historicité, et leur style d’existence tissé aux autres (Zhong-Mengual et Morizot, 2018 : 90).

Le pistage est un « style d’attention », un tissage d’intuition, de raisonnement, de traduction, d’imagination et de sensation. Il permet de « développer une appréciation esthétique du vivant qui ne soit pas projective […] mais fondée sur la richesse de significations qui leur sont propres, à même d’élargir notre gamme d’affects et de relations au vivant ». Se mettre en relation avec son environnement via le pistage, c’est accéder à un « palimpseste de langues différentes superposées et entrelacées pour constituer des écosystèmes » et, dans le cas de notre projet de recherche en danse et performance au Québec, générer un mouvement dansé. C’est un processus créateur de relations qui traversent le temps et les êtres, humains et autres qu’humains. Dans ce nouveau relationnel, je réponds, j’accompagne et, pour adapter la formulation « making-with » de Donna Haraway (2016) en référence à la sympoïèse, je suis-avec, je crée-avec, je danse-avec.

Pister consiste donc à « interpréter les indices et les traces » : mais quels indices et quelles traces? Et qu’entendons-nous par le terme de « trace »? Dans son livre Une brève histoire des lignes, Tim Ingold définit la trace ainsi :

la marque durable laissée dans ou sur une surface solide par un mouvement continu2 Nous prenons une distance avec l’utilisation de l’adjectif « continu », qui, dans le contexte des études en danse et de l’analyse du mouvement dansé selon Laban, se rapporte à une notion bien spécifique. Il existe d’autres rapports au rythme dans le mouvement, (saccadé, impactif, impulsif, etc.) qui sont tout à fait à même de créer des traces.. Il existe deux grandes catégories de traces : la trace additive et la trace soustractive. Une ligne dessinée au fusain sur papier ou à la craie sur un tableau noir, est additive, car la matière du fusain et de la craie forme une couche supplémentaire qui se superpose au substrat. En revanche, les lignes grattées, incisées ou gravées sur une surface sont soustractives, puisqu’elles sont dans ce cas formées par suppression de matière (2013 : 62-63).

Ingold repère une troisième catégorie de trace, qu’il nomme trace de rupture dans la surface, correspondant à une « coupure, fissure, pliure ». Il s’agira donc, au cours du pistage, de trouver des repères, des inscriptions, des effacements, qui font traces. Cette taxinomie, déjà riche et porteuse, sera mise à l’épreuve au cours de notre exploration des traces qui nous habitent.

Les parties suivantes, tissées des fils théoriques identifiés plus haut, reprennent le déroulé de l’atelier pratique proposé lors du colloque. Nous vous invitons à prendre des pauses dans la lecture pour explorer par vous-même les mouvements et questionnements proposés en italique.

À la rencontre des traces du lieu

Dans son livre Se tenir quelque part sur la terre, Joëlle Zask (2023) s’interroge sur la manière de parler des lieux que l’on aime. Elle y explique comment les lieux deviennent signifiants et sources d’attachement lorsqu’un individu peut y agir et y interagir : « C’est quelque chose que les gens que je questionne mentionnent toujours : leurs lieux préférés sont des lieux d’expériences marquantes qui deviennent ensuite des repères dans le temps, des référents; il s’est passé quelque chose qu’ils identifient comme une dimension constitutive de leur existence. Quelque chose a été vécu » (Zask, 2023 : 38). Ces lieux laissent alors des traces concrètes ou imaginaires dans les vies et les histoires de chacun·e. C’est pourquoi cette notion de vécu nous semble essentielle dans la question des traces en arts vivants, et plus particulièrement en danse et en performance, puisque ces pratiques proposent, par une activation sensorielle, un engagement de la corporéité propice à l’engrammage du vécu, l’engramme étant compris comme une « [t]race, [une] empreinte laissée dans le cerveau par un événement passé et susceptible de reviviscence » (CNRTL).

Si la danse et les pratiques écosomatiques développent une expertise dans la conscience et l’attention sensorielle, nous avons souhaité ouvrir notre atelier par un pistage du lieu dans lequel se tenait le colloque. Notre souhait était de faciliter la mise en relation des personnes présentes avec les différentes traces perçues, dans l’espace qui accueillerait par la suite nos activités d’échange. Il s’agissait d’une manière de nous situer en activant notre écoute, notre réceptivité au lieu.

Nous commençons les yeux fermés, ou bien avec un regard porté sur l’intérieur.

Inspiré par les méditations somatiques guidées d’Andrea Olsen, notre atelier s’ouvre avec cette première question : qu’est-ce que je perçois du lieu où je suis? Quels sons me parviennent, proches ou lointains, et me renseignent sur la dimension acoustique de mon environnement? Quelles odeurs, subtiles ou prononcées, viennent me raconter une partie des composés chimiques présents dans l’air qui m’entoure? Quelle température, quelle humidité, quels éventuels courants d’air est-ce que je peux percevoir? En fonction de ma posture, qu’est-ce que je peux percevoir du sol, de sa texture, de sa solidité, de son éventuelle inclinaison, de ce dont il est fait?

Quand j’ouvre les yeux ou que je porte mon attention autour de moi, quelles nouvelles informations me parviennent? Lesquelles sont concordantes avec mes précédences observations, et lesquelles m’apprennent quelque chose de nouveau?

Quelles traces puis-je observer autour de moi? Au sol, des traces laissées par des souliers, d’éventuelles taches, des impacts, un sillon laissé par quelque chose de lourd qui a été traîné… Aux murs, est-ce que je peux voir les traces que les doigts ont laissées en cherchant l’interrupteur, est-ce que je peux deviner les mouvements de la personne qui a repeint les murs en décelant les traces laissées par le pinceau? Est-ce que je peux pister l’activité des êtres qui m’ont précédé·e ici? Comment les traces me permettent-elles d’habiter ce lieu?

Baptiste Morizot, pour illustrer le pistage écosensible qu’il pratique au grand air sur les traces de la panthère des neiges dans La piste animale, propose une analogie domestique plus proche de notre propos dans cet article :

Pister, c’est parfois comme rentrer à la maison le soir, une très grande maison avec le ciel pour plafond, et suivre à travers les pièces les traces omniprésentes laissées par les êtres qui vivent avec nous ici; les petits indices poignants de leur activité journalière, tout ce qu’ils ont fait lorsqu’on était absent : le bol non rangé sur la table de la cuisine avec son reste à peine coupable de céréales; ici des chaussons abandonnés devant la douche; tous ces petits indices où l’on peut pister l’activité d’un être cher, ses préoccupations, jusqu’à son état d’esprit. Son art d’habiter, et de cohabiter avec nous, enchevêtré à nous, dans ce monde commun (Morizot, 2018 : 117).

En ouvrant mon attention et mes sens, en allant à la rencontre du lieu, je ne suis plus seulement dans, mais avec le lieu. Faire attention, écrit Jérémy Damian (2019), c’est habiter « le lieu de la mise en relation avec le monde ». Alors il peut y avoir de nouveaux modes de présence, de coprésence : cohabitation peut-être même inter-habitation dans lesquelles les différentes couches de son histoire se rencontrent. En effet, par le pistage sensoriel qui me donne accès aux mémoires du lieu, je peux reconnaitre son histoire, dans laquelle je peux me situer à mon tour.

Mon corps est un lieu habité

Après cette rencontre avec le lieu où nous sommes, allons à la rencontre du lieu que nous sommes. Avec la curiosité que nous avons éveillée précédemment, nous allons voyager à travers les strates du corps pour observer les traces qui y habitent.

Nous procédons globalement de l’extérieur vers l’intérieur, non pas vers un présupposé centre névralgique, cœur des opérations et autre substantifique moelle, mais comme nous y invite Jérémy Damian, vers d’autres espaces, d’autres lieux à rencontrer : « L’intériorité n’est pas un centre ou un noyau, elle est à sa manière un nouveau monde avec ses continents, ses lieux très souvent visités et ses terres inexplorées » (2018 : 56).

En commençant avec les yeux fermés, en partant de la proprioception3La proprioception est la perception de la position de nos membres et de notre corps. Cette perception est informée par des récepteurs sensoriels présents dans nos muscles et articulations, et ne dépend pas de la vision., pour ensuite aller vers l’odorat, l’ouïe, le toucher, etc., notre approche remet en question la hiérarchisation des sens et le biais ocularocentriste de l’Occident, un biais qui considère « le visuel comme mode de compréhension le plus important4Traduction libre. Citation originale : « the visual as the most important mode of understanding ». » (Atkinson et al., 2007 : 180). De la même manière qu’il est possible de rencontrer le monde autrement que par l’hégémonie culturelle de la vue, en faisant varier les modes de relation et d’attention, il est envisageable partager les savoirs selon des modes où le théorique est un possible parmi d’autres.

Mon corps est un lieu habité, un lieu dans un lieu. Allons à la rencontre des traces qui nous habitent.

La peau et la relation

Commençons avec ce qu’on considère comme la strate la plus extérieure du corps : la peau. Cette membrane semi-perméable recouvre le corps tout entier, à la fois barrière et connexion avec l’environnement (Olsen, 2020 : 65). Portons notre attention sur notre peau, sur son contact avec l’air ou avec les vêtements, ou sur son contact avec elle-même, peau contre peau. Que se passe-t-il si je fais varier la pression, la vitesse de mon toucher? Est-ce que je peux sentir la chaleur de mon bras avant que ma main ne le touche? Cette chaleur qui m’environne, que mon corps produit, est-ce déjà moi, en relation avec le monde au-delà de ma peau? 

Quelles traces porte ma peau? Quelles traces puis-je pister sur ce territoire d’environ 1,8 m² (entre 18 et 20 pieds carrés)? Un vernis à ongles, une note au stylo sur la main, un tatouage, une griffure du chat, une ride, un reste de bronzage?

Si on applique la taxinomie de Ingold concernant les traces, le vernis et la note au stylo sont des traces additives, dans le sens où elles ajoutent une matière colorée, une encre, sur la peau, comme le tatouage, même si l’ajout d’encre a lieu à un niveau plus profond. La griffure du chat, elle, fait partie des ruptures de surface, ou bien on pourrait la voir comme soustraction de chair et addition de prudence! La ride serait un pli, donc une rupture de surface, due à une soustraction de collagène, et le bronzage une addition de mélanine. On voit qu’il y a plus d’une façon de penser ces traces et qu’elles peuvent voyager avec fluidité entre les différentes catégories. Tim Ingold lui-même reconnait que les lignes et les traces s’affranchissent volontiers des classifications qu’on peut vouloir leur imposer (2016 : 50).

Comment ces traces, plurielles, interconnectées, fluides, racontent ma relation avec le monde?

Les muscles et le vécu

Allons plus profond, avec les yeux de l’imaginaire, dans la chair et les muscles, qui ondulent, se tendent et se relâchent. Les muscles, écrit Andrea Olsen, « travaillent ensemble comme un tout interconnecté afin de protéger d’autres tissus, offrir un soutien élastique aux os, et faire circuler des fluides vitaux qui peuvent rester stagnants en cas d’inactivité5Traduction libre. Citation originale : « Over six hundred skeletal muscles work together as an interconnected whole to protect other tissues, offer tensile support to our bones, and help pump vital fluids that can get stagnant from inactivity ». » (Olsen, 2020 : 127).

Plus de six cents muscles squelettiques nous permettent de bouger, de marcher, de danser. Bougeons en accordant une attention particulière à nos muscles, leurs contractions et leurs étirements.

Les muscles sont plus qu’un simple système moteur : ils produisent et enregistrent des informations proprioceptives (concernant notre position dans l’espace) qui sont conservées au niveau du cervelet. Des traces additives, selon la taxinomie d’Ingold, dans la mesure où la formation de la mémoire est liée à la création d’un réseau de neurones spécifique au souvenir en question, un ajout de relations. Ces traces mémorielles peuvent être réactivées, ramenées à la conscience par une simple posture, la simple amorce d’un mouvement (Olsen, 2020 : 128).

Quelles traces portent mes muscles? Où sont les lieux de tension, de relâchement?

Si les traces de la peau sont souvent visibles, celles que portent les muscles ne le sont généralement pas. C’est là que le pistage, dédié au départ à l’observation de signes visibles, étend sa portée à l’invisible et vient se confondre avec l’attention somatique propre aux sensations internes. Jérémy Damian, en évoquant l’histoire de l’ethnographie dans le contexte de son étude sur les sensations, rappelle que « ce qui est invisible n’est pas indétectable, mais requiert que nous nous rendions sensibles d’une autre manière à ses sollicitations » (2013 : 2). Cette éducation à la sensibilité intérieure, à l’observable invisible, est à la base de ce que proposent les pratiques somatiques (Alexander, Feldenkrais, Body-Mind Centering (BMC), Continuum, et bien d’autres), par lesquelles il s’agit de « [s’attacher] au ressenti, au vécu et non au résultat et à la forme produite. Et c’est le corps en mouvement6Le terme est à prendre dans son sens le plus large, comprenant les micromouvements, intérieurs et extérieurs. et en relation qui est le lieu de l’expérience » (Jay, 2014). Sylvie Fortin donne l’exemple de la méthode Feldenkrais, où « la lenteur et la réduction de l’effort pendant l’exécution des mouvements sont des priorités qui permettent de développer une capacité de discrimination des sensations corporelles » (Fortin, 2008 : 125). Alors ce ressenti, ce vécu, ces sensations invisibles « gagnent en existence à mesure que l’on apprend à les reconnaître et à les pratiquer » (Damian, 2013 : 72). La reconnaissance, l’identification et la discrimination des sensations  « rendent tangible quelque chose de [notre] expérience intérieure » (ibid. : 80). Alors l’invisible devient observable et permet d’accéder à un nouveau régime d’attention et de relation avec le monde.

Quelles traces invisibles puis-je pister dans mes muscles? Une courbature, un choc, ou bien le souvenir d’une embrassade, du dernier massage reçu, le souvenir d’une main sur l’épaule, ou de la dernière fois que j’ai pris quelqu’un par la main?

Lesquelles de ces traces sont chez moi additives, soustractives, ou bien signes d’une rupture de surface? Lesquelles échappent à cette classification? Ces traces de mon vécu racontent l’histoire de mon contact physique avec le monde, et faisant office d’une certaine forme de mémoire, peuvent informer mes actions, mes postures, l’intensité et la vitesse d’un geste.

Où se déposent mes souvenirs? Où se déposent mes émotions?

Il est si fréquent qu’au cours d’un massage, le contact d’un point précis fasse émerger une émotion non anticipée, qui parait sortie de nulle part (alors qu’elle se logeait dans un lieu bien particulier). Certaines approches somatiques telles que la méthode Rosen ou la kinésiologie explorent cette strate dans une visée thérapeutique, en allant travailler dans les profondeurs où s’impriment les traces du vécu. 

Les viscères et le collectif

Prenons un autre exemple, encore plus profond… Est-ce que je peux sentir la présence du dernier repas que j’ai pris dans mon estomac? Peut-être même encore un goût dans la bouche? Essayons de pister les traces de notre dernier repas, sur le long et sinueux sentier de notre système digestif. Comment est-ce que je peux être présent·e à ce que j’ai mangé, à ces traces qui sont en moi, et qui deviennent moi au cours de leur voyage en moi? Que vont-elles nourrir? Lesquelles vont passer les étapes successives du système digestif, séparées par des muscles circulaires, des sphincters? Andrea Olsen désigne ces derniers comme des zones de choix (Olsen, 2020 : 155), où j’ai le choix de retenir ou de laisser passer les matières qui s’y trouvent.

Qu’est-ce que je retiens, et qu’est-ce que je laisse passer?

Si je choisis de laisser passer, lesquels de mes processus métaboliques les traces de mon repas vont-elles soutenir, en collaboration avec tous les êtres non humains qui constituent mon microbiote?

Nous sommes des collectifs en devenir, composés d’humain et de non-humain, comme le remarque Donna Haraway :

Je suis fascinée par le fait que des génomes humains ne se trouvent que dans un dixième de la totalité des cellules occupant ce monde que j’appelle mon corps, sachant que les neuf dixièmes des cellules restants contiennent des génomes de bactéries, de champignons et de protistes, lesquels tantôt orchestrent harmonieusement ce qui maintient mon être en vie, tantôt ne font que passer, sans provoquer le moindre heurt sur le reste [de moi, de nous]. Par leur nombre, ces compagnons microscopiques me surpassent largement ou, plus précisément, c’est en compagnie de ces petits hôtes à la même tablée que je deviens une humaine. Être une, c’est toujours devenir-avec une multitude7Traduction de Fleur Courtois-l’Heureux. Citation originale : « I love the fact that human genomes can be found in only about 10 percent of all the cells that occupy the mundane space I call my body; the other 90 percent of the cells are filled with the genomes of bacteria, fungi, protists, and such, some of which play in a symphony necessary to my being alive at all, and some of which are hitching a ride and doing the rest of me, of us, no harm. I am vastly outnumbered by my tiny companions; better put, I become an adult human being in company with these tiny messmates. To be one is always to become with many ». Le passage entre crochets est une proposition, à notre avis plus proche de la formulation originale. (Haraway, 2008 : 3-4).

Il a été montré que la masse neurologique dans l’estomac et l’intestin représente un système nerveux indépendant et même que le microbiote entérique entretient des relations avec le système nerveux central dans un but de régulation homéostatique (Cryan et O’Mahony, 2011; Gershon et Margolis, 2021).

À quels savoirs puis-je avoir accès en portant mon attention sur ces relations et leurs traces? Que racontent-elles de nos fluctuations métaboliques, additives ou soustractives? Comment m’informent-elles sur notre capacité à nous constituer, à nous renouveler, à nous réinventer, et à résister?

Les os et les vibrations

Une dernière strate pour cette exploration : toujours en partant d’un mouvement accessible, dirigeons notre attention sur notre squelette. Bougeons avec notre squelette. Est-il possible de percevoir une différence par rapport à un mouvement où je porte mon attention sur mes muscles?

Prenons le temps de bouger avec nos os, solides, légers, poreux et flexibles, qui produisent nos cellules sanguines, stockent le calcium dont nous avons besoin et participent au soutien de notre corps. Ces os deviennent caisses de résonance quand ils entrent en vibration avec les sons qui nous entourent et ceux que nous produisons.

Faisons vibrer nos os avec un son simple, bouche fermée; le son que je fais quand je goûte quelque chose de délicieux. En mobilisant notre capacité de pistage somatique, sentons où se situe la vibration : dans les dents, dans le crâne, peut-être dans la cage thoracique et ailleurs…

Généralement, les sons graves résonnent dans les plus grandes caisses de résonance de notre corps, comme le bassin ou la cage thoracique, alors que les sons à plus haute fréquence vont résonner dans les cavités plus petites, comme les sinus, dans le crâne (Olsen, 2020 : 80).

Explorons ces variations vibratoires. Quelles archives sont cachées dans mes os? Quelles vibrations résonnent encore? Quel type de trace ces vibrations représentent-elles?

Encore une fois, nous pouvons mobiliser de façon créative la typologie de Ingold. Les ondes qui constituent toute vibration figurent des vagues, des plis : on serait donc en présence de traces de rupture de surface, mais pouvant affecter tout type de surface et pas seulement une surface dure. La plupart du temps invisibles à l’œil nu, leur durabilité dépendrait de leur fréquence et de leur intensité. On sait que des sons supérieurs à 90 dB peuvent affecter de façon permanente l’audition, par destruction (donc soustraction) des cellules ciliées présentes dans notre oreille interne. Cela signifie-t-il forcément qu’un murmure ne laissera aucune trace?

Où est la trace du son le plus fort que j’aie entendu dans ma vie? la trace d’une phrase qui m’a bouleversé·e? Où sont les traces du dernier colloque auquel j’ai assisté? à quelle profondeur se déposent mes savoirs?

Comment toutes ces archives que je transporte avec moi peuvent être sources d’enseignement, de guérison, d’autonomisation, d’inspiration, de devenir?

***

Proposer un atelier pratique dans le cadre d’un colloque ou d’une journée d’étude universitaire est encore (trop) souvent marginal, voire considéré comme anecdotique. Dans les circuits de recherches en arts vivants, pourtant, ces modes de partage sont aussi de plus en plus sollicités et valorisés, alors que les savoirs du corps et les savoirs expérientiels dévoilent peu à peu leurs infinies richesses, faisant écho aux approches autochtones qui reconnaissent d’autres modes de connaissance, moins intellectuels, plus intuitifs et sensibles.

Notre atelier pratique avait comme consigne principale de faire attention à notre environnement, à nous-même, aux traces extérieures et intérieures. Dans une posture écosomatique, faire attention devient bien plus qu’une simple attitude réceptrice passive. Isabelle Stengers insiste sur le fait que dans l’expression faire attention, ce qui importe, c’est « faire, au sens où l’attention, ici, ne se rapporte pas à ce qui est a priori défini comme digne d’attention, mais oblige à imaginer, à consulter, à envisager des conséquences mettant en jeu des connexions entre ce que nous avons l’habitude de considérer comme séparé » (Stengers, 2009 : 76, dans Damian, 2019). Ainsi, faire attention, au double sens de percevoir et d’accorder un surplus d’existence et de relation, devient une pratique aussi riche, relationnelle et active que faire connaissance, où il s’agit à la fois de rencontrer et de cocréer de la connaissance (Aubinet, 2017).

Si les écosomatiques permettent d’aller à la rencontre des traces qui nous habitent, elles laissent aussi des traces profondes à celles et ceux qui les pratiquent, par les rencontres qu’elles suscitent, avec soi, avec l’autre, avec les autres. Ces traces bouleversent et transforment. Et si les écosomatiques échappent à toute définition, elles se dévoilent peut-être justement par cela, par les traces perçues et par les traces laissées, par ce qu’elles font, ce sur quoi elles agissent.

On a vu au cours de l’atelier que les traces que l’on relève ou que l’on laisse sont plurielles, fluides, multidimensionnelles, qu’elles jouent avec les limites des cadres taxinomiques, à la fois témoins de relations passées, de situations présentes et d’invitations futures. Ces traces, qu’elles soient visibles ou invisibles, transforment notre relation à soi et au monde, en offrant l’accès à un agir/penser de la relation, qui se répercute dans les choix du quotidien, à de multiples échelles. Les pratiques écosomatiques génèrent ainsi des mises en mouvement, des gestes politiques posés pour une revitalisation de la sensibilité, qui transforment nos modes de consommation, nos manières d’entrer en relation avec un lieu, d’être présent·e à toute chose. Comment vivre la relation avec mon microbiote, mon collectif intérieur? Quelle est ma relation avec le territoire sur lequel je vis? Avec ce que je mange, avec la façon dont je me déplace? Avec les autres humains et non-humains qui peuplent ma vie? Comment puis-je faire attention à ces relations? Ces questions soulèvent également toute une réflexion sur une éthique des traces produites par nos gestes et par la pratique en arts vivants dans un contexte de crise écologique sans précédent. Selon Julie Sermon, « les arts vivants – leurs praticien·nes comme leurs théoricien·nes – peuvent eux aussi contribuer à ce que le débat [sur les problématiques environnementales] ne soit pas capté par les “experts” officiels, et, à travers l’extraordinaire diversité des moyens qui leur sont propres, œuvrer à informer les récits, les représentations et les pratiques » (2021 : 62). Les artistes en danse et en arts vivants, par un possible travail de pistage écosensible, nous semblent effectivement porteur⸱euses des valeurs qui animent la pensée écologique. Iels sont ainsi, pour reprendre l’affirmation d’Isabelle Ginot et Joanne Clavel, les « porteurs d’un horizon sociétal de “transition”, de “décroissance” » (2015 : 11) en participant à inventer de nouvelles façons d’être, de sentir, d’habiter, de produire, d’entrer en relation.

Notes
  • 1
    Dans ce texte, seront présent·es avec Germain et Johanna : Alice, Camille, Josiane, Mathi et Mélissa. Ensemble, à l’automne 2022, nous avons lu, autour de thé et de chocolat, nous avons discuté, nous avons expérimenté autour des écosomatiques. Nos pratiques sont habitées par les traces du studio K-4110 du Département de danse avec sa vue imprenable sur le mont Royal et son plancher de bois lumineux, par les traces des auteurs et des autrices lues. Iels seront là, directement ou indirectement, dans ce texte : Haraway, Kimmerer, Abrams, Bardet, Clavel et Ginot, Damian, Despret, Morizot et Zhong-Mengual, Morton, Naoufal, Olsen, Pina, Tsing… et d’autres, qui nous inspirent et nous guident sur le chemin.
  • 2
    Nous prenons une distance avec l’utilisation de l’adjectif « continu », qui, dans le contexte des études en danse et de l’analyse du mouvement dansé selon Laban, se rapporte à une notion bien spécifique. Il existe d’autres rapports au rythme dans le mouvement, (saccadé, impactif, impulsif, etc.) qui sont tout à fait à même de créer des traces.
  • 3
    La proprioception est la perception de la position de nos membres et de notre corps. Cette perception est informée par des récepteurs sensoriels présents dans nos muscles et articulations, et ne dépend pas de la vision.
  • 4
    Traduction libre. Citation originale : « the visual as the most important mode of understanding ».
  • 5
    Traduction libre. Citation originale : « Over six hundred skeletal muscles work together as an interconnected whole to protect other tissues, offer tensile support to our bones, and help pump vital fluids that can get stagnant from inactivity ».
  • 6
    Le terme est à prendre dans son sens le plus large, comprenant les micromouvements, intérieurs et extérieurs.
  • 7
    Traduction de Fleur Courtois-l’Heureux. Citation originale : « I love the fact that human genomes can be found in only about 10 percent of all the cells that occupy the mundane space I call my body; the other 90 percent of the cells are filled with the genomes of bacteria, fungi, protists, and such, some of which play in a symphony necessary to my being alive at all, and some of which are hitching a ride and doing the rest of me, of us, no harm. I am vastly outnumbered by my tiny companions; better put, I become an adult human being in company with these tiny messmates. To be one is always to become with many ». Le passage entre crochets est une proposition, à notre avis plus proche de la formulation originale.
Bibliographie

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